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La crise et après ? - Jacques Attali (01/12/2008)

Fayard, décembre 2008, 214 pages

Jacques Attali s'interroge sur les ressorts de la crise la plus grave qu'ait connue le monde depuis quatre-vingt ans et ce alors que nous observions la croissance économique la plus rapide de l'histoire grâce à un progrès technologique soutenu.

La crise des « subprimes » est en effet la première crise de mondialisation.

La question est aujourd'hui d'éviter que cette crise ne dérape en catastrophe politique mondiale.

Haut fonctionnaire d'origine, Jacques Attali est un essayiste prolixe, auteur d 'une quarantaine d'ouvrages depuis « L'analyse économique de la vie politique » en 1973 au « Dictionnaire amoureux du judaïsme » en 2008 en passant par plusieurs romans, pièces de théâtre...

Quel constat formule Jacques Attali ?

Pour Jacques Attali, la première crise financière de la mondialisation s'explique par l'incapacité de la société américaine à fournir des salaires décents à ses cadres moyens ce qui les a conduits à s'endetter pour financer l'achat de leur logement. Cela a débouché sur une augmentation de la valeur des patrimoines et de la production. Les institutions financières se sont octroyé l'essentiel de la richesse sans courir le moindre risque et sans aucun contrôle.

Cette situation a conduit à une croissance de l'endettement qui est devenue intolérable, a entraîné la panique, la fuite devant toute cette dette accumulée avec le risque d'une dépression planétaire.

Pourquoi la crise ?

Pour Jacques Attali, la crise est l'essence même du capitalisme ainsi que le montre son histoire depuis le XIIe siècle et chaque crise financière s'est toujours développée à partir du c½ur économique et politique du système financier.

Or, le marché ne peut fonctionner efficacement que si un État de droit impose une meilleure répartition des revenus et patrimoines.

La crise est venue d'un endettement excessif des salariés aux États-Unis, lui-même gagé par la valeur des biens achetés avec cette dette. Ce système était par ailleurs garanti par des systèmes de titrisation[1] très complexes qui permettaient de transférer le risque à d'autres institutions financières dans le monde grâce à des fonds d'investissement aux taux de rentabilité très élevés.

Lorsque les investisseurs financiers ont découvert qu'ils possédaient un volant non négligeable de crédits « toxiques », le crédit est devenu plus rare et plus cher. Septembre 2008 a par ailleurs marqué un retournement de tendance avec le passage d'une économie de la confiance à la panique avec comme point culminant le 3 octobre 2008, lorsque le système financier mondial a frôlé l'effondrement avec le manque de liquidités. La dette privée devient alors dette publique.

Que faut-il faire ?

Il faut rééquilibrer à l'échelle mondiale le pouvoir des marchés par celui de la démocratie et du droit et notamment celui des marchés financiers en ayant à l'esprit qu'il est plus que temps d'agir.

Une gouvernance plus exigeante du système financier mondial est nécessaire afin d'éviter que les fonds publics n'aient plus à être utilisés pour recapitaliser les banques.

Il faut aussi que tous les pays remettent de l'ordre dans leur économie et dans leurs finances publiques et notamment les États-Unis qui devront par ailleurs mettre en ½uvre un vaste plan de relance.

L'Europe devra se doter d'instruments de régulation financière car, si elle ne le fait pas, tout se terminera par un « replâtrage » et l'arrivée d'une nouvelle crise plus grave encore.

Pour l'auteur, nous devons avoir conscience des systèmes complexes dans lesquels nous nous mouvons : le marché lui-même, le climat qui obéit à « un dérèglement massif et incontrôlable » susceptible de déclencher une panique comme celle que nous venons de vivre.

Les quatre grandes vérités d'Attali pour terminer :

  • La liberté totale conduit à servir d'abord ses intérêts même au détriment de ses descendants;
  • La survie de l'humanité est conditionnée au fait que chacun doit avoir à l'esprit qu'il a intérêt au mieux être des autres;
  • Le travail est la seule justification des richesses;
  • Le temps est la seule denrée vraiment rare.

 Pascal Joly


[1]    Ou transferts d'actifs financiers tels que des créances entre établissements bancaires.

 

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