De Hervé Kempf
« L'Histoire immédiate-Seuil » - janvier 2007 - 250 pages
|
Le postulat sur lequel s'appuie l'auteur du livre repose sur deux constats : - la situation écologique de la planète empire de jour en jour alors que les millions de personnes conscientes de cette situation sont trop peu nombreux et n'arrivent pas à freiner la crise écologique qui s'annonce ; - le système social qui régit actuellement la société humaine, c'est-à-dire le capitalisme, refuse les changements qui sont aujourd'hui indispensables ; une oligarchie prédatrice impose des modes de consommation sources de gaspillages. Cette situation peut conduire au chaos social voire à la dictature. Il est donc nécessaire de « penser globalement et d'agir localement » mais aussi de « consommer moins et de répartir mieux ». C'est donc un ouvrage décapant, excessif parfois que propose Hervé Kempf dont on voit bien que l'objectif est d'abord de nous faire réagir. La lecture du livre est cependant intéressante à la lueur de la crise économique que nous connaissons aujourd'hui car il a sur certains points, des aspects précurseurs. |
Hervé Kempf est un journaliste spécialisé dans les questions environnementales. Il a notamment collaboré à « Courrier international » et au quotidien « Le Monde ».
Il est l'auteur de « L'économie à l'épreuve de l'écologie » (1991), « La Guerre secrète des OGM » (2003).
Pour Hervé Kempf, le facteur aggravant et révélateur de la crise écologique planétaire est la fantastique expansion de la Chine et, à un degré moindre, celle de l'Inde. Cette crise est due au système économique actuel qui repose sur la croissance. Or, celle-ci « ne paye pas le coût de la dégradation de l'environnement ».
La crise écologique ne se résume pas non plus au changement climatique mais intègre aussi la disparition rapide de la biodiversité et la pollution générale des écosystèmes ce qui rend son caractère beaucoup plus global.
Le social c'est-à-dire les rapports de pouvoir et de richesses au sein de la société, reste « l'impensé » de l'écologie alors que crise sociale et crise écologique sont les deux facettes d'un même désastre.
La pauvreté se mondialise et les riches sont toujours plus riches. La pauvreté est aussi liée à la dégradation écologique car les pauvres vivent dans des endroits de plus en plus pollués et la pauvreté renvoie majoritairement aux modes de production agricole notamment dans les pays pauvres.
À l'appui de sa démonstration, l'auteur cite les thèses d'un économiste américain oublié de la fin du XIX° siècle, Thorstein Veblen, selon lesquelles l'économie est dominée par un principe : la tendance à rivaliser. Ceci implique que la classe supérieure définit le mode de vie de son époque (exemple : les 4x4). Cela conduirait à « une rivalité insatiable », « une compétition somptuaire ». Or, la croissance n'est pas la solution car elle ne réduit pas la pauvreté et aggrave la crise écologique.
Pour l'auteur, la démocratie est aussi en danger car les États se sont servis de l'alibi du terrorisme pour réduire les libertés tout en agitant l'épouvantail de la délinquance et de la sécurité pour emprisonner les pauvres. La contestation politique serait aussi criminalisée, nous vivrions de plus en plus dans une société de surveillance tandis que les médias complices joueraient un rôle essentiel dans la dégradation de l'esprit démocratique. Tout cela s'expliquerait parce que le capitalisme n'a plus besoin de la démocratie.
Il y a donc urgence. Nous sommes arrivés à un tournant de l'histoire : il faut que l'Europe se rapproche des États du Sud et se sépare des États-Unis, que l'on arrête de croire que le progrès technologique va résoudre les problèmes écologiques et que la croissance résoudra tous les problèmes sociaux.
Pascal JOLY