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L'élitisme républicain - L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales (01/09/2009)

De Christian Baudelot et Roger Establet

« Seuil : la République des idées » mars 2009, 120 pages

L 'ouvrage s'appuie sur les comparaisons internationales de l'OCDE afin de démontrer que notre école républicaine repose toujours sur un modèle inventé à la fin du XIXe siècle, celui qui consiste à promouvoir une élite sans se soucier d'élever suffisamment le niveau des autres.

La France ne dispose plus aujourd'hui de la meilleure école du monde.

Elle doit remettre en cause son modèle éducatif en valorisant ses points forts et en corrigeant ses faiblesses.

Né en 1938, Christian Baudelot est l'un des plus grands sociologues français. Il est spécialiste des questions d'éducation de la sociologie du travail.

Roger Establet est aussi né en 1938. Sociologue spécialiste des questions d'éducation, il a été l'élève d'Althusser comme Christian Baudelot avec lequel il a publié de nombreux ouvrages comme : « L'école capitaliste en France » (1971), « Le niveau monte, Paris » (1989), « Allez les filles » (1992).

Pour les auteurs, nous sommes entrés depuis la fin des années soixante-dix dans une culture anxieuse du résultat qui conduit élèves et parents à comparer les performances de leur école avec les modèles étrangers.

L'objectif du livre est donc d'examiner les difficultés du système éducatif français à la lueur des enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA).

Mais comme l'écrivent les auteurs, « sous la carrosserie égalitaire de notre République, c'est une forme d'aristocratie inavouée qui fait tourner le moteur ». L'école française est en effet trop et trop tôt sélective car elle reste construite sur le modèle d'une méritocratie scolaire consistant à distinguer une petite élite sans se soucier d'élever significativement le niveau des autres.

Les enquêtes PISA qui sont publiées tous les trois ans par l'OCDE, montrent que la France est mal classée : 17e sur 29 en compréhension de l'écrit, 18e en mathématiques, 19e en culture scientifique. Pour les auteurs, si ces comparaisons internationales doivent être maniées avec prudence, elles ont le grand mérite de nous obliger à porter sur notre système d'enseignement un regard nouveau afin de pointer nos forces et faiblesses.

Elles montrent ainsi que « l'élite est bonne quand la masse n'est pas mauvaise ». Mais elles montrent aussi une dégradation des performances entre 2000 et 2006 alors que la stabilité l'emporte dans la plupart des autres pays de l'OCDE. Mais la baisse de niveau n'a rien d'une fatalité à condition de revoir la conception de notre système éducatif qui privilégie toujours la formation des élites.

Les enquêtes PISA montrent aussi une originalité de notre système éducatif : la part des redoublants dont la France détient le record (seuls 59 % des élèves « sont à l'heure » à l'âge de 15 ans) alors que l'on constate que le redoublement ne produit que « de l'échec en masse ».

Concernant l'orientation précoce, elles montrent que les pays obtenant les meilleurs résultats en science sont ceux qui ne pratiquent pas la différenciation précoce des élèves comme le Canada ou l'Australie.

Si le principe méritocratique est au c½ur du système éducatif français, il ne s'agit nullement d'un principe égalitaire.

On constate que dans tous les pays, l'origine sociale des parents joue sur les résultats scolaires des enfants car « les affinités électives entre culture familiale et culture scolaire rendent l'univers de l'école familier à ces élèves ». La famille transmet les codes nécessaires au succès car l'école ne donne qu'une partie des savoirs et des savoir-faire.

Or, la France est « le paradis de la prédestination sociale » avec une école qui favorise encore énormément la culture humaniste classique.

Mais tout ne dépend pas de l'école et moins une société est inégale, meilleure est son école.

Or, au cours du demi-siècle écoulé, l'école a été frappée en France par tous les traumatismes ayant affecté la société : désertification des campagnes, industrialisation, désindustrialisation, urbanisation, immigration, racisme, chômage, banlieues... Cela s'est traduit par une masse croissante d'élèves à scolariser plus longtemps.

Les auteurs observent que selon les enquêtes PISA, il n'existe pas de corrélation entre la proportion d'élèves issus de l'immigration et l'ampleur des performances entre eux et les élèves autochtones. Ils notent que le système français comporte un échelon propre à intégrer et améliorer les performances : l'école maternelle suivie par presque 100 % des élèves de 3 ans.

Un autre facteur de discrimination est évoqué : le sexisme. De tous les principes d'inégalité à l'école, c'est l'écart entre filles et garçons qui a baissé le plus depuis 50 ans mais, même dans les pays où les écarts sont très faibles entre fils et garçons, ces derniers s'orientent toujours plus vers les paliers stratégiques des filières scientifiques alors même que les filles sont meilleures en mathématiques et en sciences.

Un tronc commun assurant une formation de base minimale à tous est, pour les auteurs, une nécessité économique et, si la France est un pays riche, elle le doit à son système scolaire.

Il faut améliorer le système scolaire en supprimant tout ce qui fait obstacle à la constitution d'une vraie école unique : les redoublements, les groupes de niveau, la constitution de filières clandestines...

Il faut élever le niveau global mais aucune élévation du niveau de la masse ne pourra se faire tant que l'on en restera à des logiques comptables de mesure de la dépense publique, tant que les parents considéreront l'école comme une affaire privée, tant que les enseignants réfuteront toute notion d'évaluation... L'éducation est un enjeu de première urgence !

Pascal JOLY

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