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La politique de l'oxymore - Bertrand Méheust (01/03/2009)

« La Découverte - Les empêcheurs de penser en rond » mars 2009, 162 pages.

L'oxymore est un procédé littéraire qui consiste à rapprocher deux mots que tout éloigne.

Le but de l'ouvrage est de démontrer par divers exemples (développement durable, moralisation du capitalisme, flexisécurité...) que les politiques utilisent de plus en plus les oxymores pour brouiller l'esprit du citoyen.

Deux principes contradictoires sont donc développés pour masquer une réalité et empêcher l'esprit humain de penser, de manière cohérente, l'avenir de la planète.

 

Bertrand Méheust est un philosophe, spécialiste de l'histoire de la psychologie.

Parmi ses ouvrages : « Le mythe : pratique, récit et théories » (2004) ; « Devenez savants, découvrez les sorciers, Lettre à Georges Charpak » (2004).

Pour l'auteur qui adopte une approche fondée sur le pessimisme méthodique, les oxymores surgissent spontanément dans toutes les sociétés pour atténuer ou résoudre les tensions qui les travaillent. Le problème est qu'ils prennent aujourd'hui un essor inquiétant sous la pression du défi écologique au point de devenir un « poison mental et social ».

Il estime que les sociétés démocratiques contemporaines ne pourront surmonter le défi à temps de la crise qui se prépare. L'emballement et la montée des extrêmes qui caractérisent nos sociétés, la puissance inégalée des outils de contrôle des esprits, l'échelle planétaire des processus mis en jeu, la saturation d'une société globalisée sont autant de signes annonciateurs d'une catastrophe en gestation.

La compréhension de cette situation de plus en plus dégradée nécessite de prendre en compte trois niveaux dans l'analyse :

-         Le social-historique qui est le domaine de l'invention humaine et de l'autocréation. Nous avons certes prise sur lui mais seulement jusqu'à un certain point car l'événement crée l'irréversible : Auschwitz aurait pu par exemple ne pas avoir lieu mais Auschwitz a eu lieu et depuis l'Histoire ne sera plus jamais la même.

-         La nature/culture qui est la vraie vérité dans laquelle nous vivons où tout s'enchevêtre de façon inextricable et ou les effets d'un niveau retentissent sur l'autre. La promotion moderne de l'homme a ainsi un effet important sur la biosphère et les conséquences de nos actes commencent à nous échapper.

-         La nature qui est l'altérité massive sur laquelle viennent buter nos idées. La nature comporte des processus sur lesquels nous n'avons aucune prise (l'activité du soleil par exemple), soit des processus déclenchés par l'action humaine (la montée des mers suite au réchauffement climatique...).

Une question nodale se pose d'emblée : celle qui est relative aux processus de régulation interne car nous ne surmonterons pas la crise écologique actuelle par de simples mesures techniques alors qu'elle est la plus profonde depuis l'histoire de l'humanité.

L'auteur utilise à l'appui de son analyse « le concept de saturation » développé par le sociologue Gilbert Simondon qui implique qu'un système arrive un jour ou l'autre au bout de ses possibilités.

La mondialisation est ainsi le concept inventé par la société libérale pour dépasser la saturation locale de ses systèmes et différer encore la saturation finale.

La pression du confort est aussi décisive car elle est liée à la notion de démocratie libérale. On compte trop sur les découvertes pour réparer les dégâts des technologies précédentes. La tendance fondamentale de notre système est aussi de saturer tous les espaces : saturation des espaces des lois, des normes, des déchets, des transports, des désirs... En un siècle, le marché couplé à la technologie en instrumentant et artificialisant les désirs « aura stérilisé tout ce qui donnait aux hommes le goût de vivre depuis des millénaires ».

Nos outils de contrôle et de prévision traduisent aussi une rationalité asservie.

Les théoriciens du développement durable essaient de sauver leur modèle en découplant les flux  matériels (qu'il faudrait stabiliser), des flux culturels et des biens immatériels. Mais, pour l'auteur, cette voie médiane est peu praticable car un développement durable définitivement stabilisé n'est pas encore assuré. Il faudrait une décroissance supportable mais permettant aux pays pauvres de continuer à progresser. Autant dire que c'est mission impossible.

Pour l'auteur, le « durable » est devenu une clé de la communication, comme on ne parle plus de « politique » mais de « gouvernance », de rigueur » mais de « gestion rationnelle du budget de l'État ». La langue porte les marques de l'affaissement de la civilisation.

Au final, la question n'est plus de savoir si le choc aura lieu ; elle est d'en évaluer la violence et de préparer la reconquête.


Pascal JOLY

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