« La Découverte - Collection REPÈRES », juin 2009, 124 pages
|
Publié pour la première fois en 1984, ce livre est la 7e édition réactualisée et remise à jour du célèbre ouvrage d'Olivier Galland. Ce livre se place à la fois d'un point de vue historique en montrant comment « la catégorie des jeunes » qui est une invention sociale s'est construite sous l'influence des politiques éducatives et des politiques d'encadrement. Il se place aussi d'un point de vue sociologique en examinant les concepts qui permettent de définir la jeunesse et en décrivant les différentes phases qui mènent de l'enfance à l'âge. |
Olivier Galland est sociologue, directeur de recherche au CNRS.
Il a publié de nombreux ouvrages sur le thème de la jeunesse (« Sociologie de la jeunesse » ; « L'allongement de la jeunesse » ; « Le monde des étudiants »...) mais aussi sur le thème des valeurs (« Valeurs et culture en Europe » ; « Les valeurs de jeunes européens », « Les valeurs de la jeunesse »...).
La jeunesse a souvent été considérée comme un vecteur du changement social mais le discours dominant sur la jeunesse correspond rarement aux pratiques sociales de cette classe d'âge.
Que signifie en effet être jeune d'autant que la jeunesse au sens sociologique du terme n'a pas toujours historiquement existé ?
Être jeune n'a pas toujours signifié en tous temps la même chose : la promotion de l'enfance puis de l'adolescence n'est en effet apparue qu'à la fin du XVIIIe siècle et ne s'est installée vraiment qu'à la faveur des idées révolutionnaires qui prônaient l'égalité de tous à la naissance. L'école à la fin du XIXe siècle amène de son côté un changement irréversible notamment vis-à-vis de la jeunesse rurale.
Mais, en se transformant en une catégorie sociale reconnue, la jeunesse va devenir un objet d'intervention sociale. C'est sous le Front populaire que la jeunesse devient une préoccupation étatique qui paradoxalement se renforce sous le régime de Vichy. L'après-guerre voit apparaître « la politique de la jeunesse » ce qui ne va pas manquer de contribuer à révéler les problèmes sociaux spécifiques à la jeunesse. L'après seconde guerre mondiale se traduit aussi par l'expression d'une spécificité et d'une culture juvénile originale avec la montée « des idoles », « de la presse des copains », le phénomène des bandes, le tout assorti d'une culture comportementale et vestimentaire associée. Cette explosion de la jeunesse est liée à la scolarisation massive d'une masse croissante de jeunes de tous niveaux qui invente sa culture propre.
La jeunesse est une production historique, culturelle et institutionnelle dont les contours varient selon les frontières nationales et les aires culturelles.
Jusqu'au début des années quatre-vingt, la jeunesse n'était conçue que sous un angle « culturaliste » à l'instar d'Edgar Morin. Or, la jeunesse est avant tout un moment de passage entre les âges qui l'encadrent, qui est symbolisée par le franchissement de seuils sociaux comme le départ de chez les parents, la fin des études, l'arrivée sur le monde du travail, le mariage, la naissance du premier enfant. C'est ce que l'on appelle « les marqueurs de transition ».
Cette phase de transition se décompose aujourd'hui en trois âges : l'adolescence, la post-adolescence (le syndrome « Tanguy » ou l'allongement des études) et la phase « jeune adulte », qui traduisent une tendance à l'allongement de la jeunesse même s'il n'existe pas de modèle européen de la jeunesse.
L'auteur observe que la socialisation de la jeunesse emprunte plusieurs chemins : la scolarisation (l 'école est en effet la première institution extra-familiale par son importance), la famille (qui a évolué d'un modèle autoritaire d'éducation à un modèle « tout éducatif » pour ne pas dire parfois « tout permissif »), la transition professionnelle (qui est aujourd'hui plus souvent progressive et non plus instantanée et définitive comme autrefois), les « groupes de pairs » (qui sont une forme de socialisation horizontale et non plus verticale comme pouvait l'être l'appartenance familiale et se traduisent en partie par une culture de l'apparence).
De nouvelles formes de culture politique, religieuse et sociale apparaissent aussi. C'est notamment le cas d'une nouvelle forme de culture politique protestataire concomitante avec un éloignement de la vie politique traditionnelle. On assiste à un déclin du religieux mais, avec en parallèle, un besoin de spiritualité, un développement des croyances après la mort.
Au début des années quatre-vingt-dix, apparaît aussi une nouvelle conflictualité liée à « la jeunesse de la galère » qui appartient le plus souvent aux cités de banlieues caractérisées par une forme de désorganisation sociale. Ces jeunes ne souffrent pas d'une « sous-culture » mais leur comportement relève d'une « classe dangereuse ». À cet égard, les émeutes de banlieues ont d'abord une dimension identitaire liée à la fois à la classe d'âge et à l'origine résidentielle.
Quant à la délinquance juvénile, force est de constater que la jeunesse est une période relative d'indétermination sociale propice à l'apparition de comportements délinquants et que la supervision familiale joue un rôle moteur pour prémunir contre les comportements délictueux comme l'attachement à l'école.
La jeunesse est autre chose qu'une simple catégorie sociologique. L'irruption sur la scène sociale des jeunes, générée par la généralisation et la prolongation scolaires, a créé un « désordre » car les adultes se sont trouvés confrontés à de nouveaux comportements qu'ils n'avaient d'ailleurs pas forcément connus avant d'entrer eux-mêmes dans l'âge adulte. La revendication d'autonomie de la jeunesse a dû se conquérir, parfois dans la violence. Aujourd'hui, ce droit est acquis tant en ce qui concerne les m½urs que la culture juvénile. Il est accordé de plus en plus de place aux adolescents, mais leur indépendance économique est de plus en plus retardée ce qui crée d'autres tensions.
En conclusion, pour l'auteur, nous sommes aujourd'hui confrontés à deux types de jeunesse :
- celle des classes moyennes qui a surtout des enjeux économiques et sociaux comme l'accès aux études longues et au marché du travail. Ces jeunes ont d'ailleurs tendance à se constituer en « syndicat de classe d'âge » pour accéder aux biens éducatifs et au marché de l'emploi.
- celle de la jeunesse défavorisée souvent d'origine immigrée, ségréguée dans des banlieues dégradées, discriminée dans l'accès à l'emploi et qui se manifeste périodiquement par des explosions de violence. Or, cette jeunesse a besoin de reconnaissance et de dignité.
Problème : ces clivages au sein de notre jeunesse semblent plutôt se renforcer.
Pascal JOLY