« Le Cavalier Bleu -Idées reçues », juillet 2009, 123 pages.
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L'ouvrage de Marie-Geneviève Pinsart s'efforce de cerner les contours de la bioéthique, discipline sujette à de nombreuses polémiques à la croisée de la science, de la politique et du juridique... Il s'efforce de définir la bioéthique, d'envisager comme elle travaille et à quoi elle sert. |
Marie-Geneviève Pinsart est professeur de philosophie à l'Université libre de Bruxelles et membre du Centre de recherches interdisciplinaires en bioéthique de cette université.
Elle est aussi l'auteur de « Narration et identité : de la philosophie à la bioéthique » (2008) ; de « Genre et bioéthique » (2003) ; de « L'euthanasie à la mort assistée » (1991).
La bioéthique désigne depuis sa première utilisation par le théologien allemand, Fritz Jahr en 1927 (bio-ethik), l'idée d'une éthique concernant l'ensemble des êtres vivants.
De manière générale, la bioéthique évalue de façon critique les effets dans le présent et le futur du développement techno-scientifique sur le monde vivant et l'être humain en particulier.
La bioéthique vise à identifier et analyser rationnellement les problèmes éthiques associés aux recherches et applications techno-scientifiques sur le monde vivant et l'être humain en particulier.
Selon l'auteur, « la bioéthique est d'abord le produit d'une culture nord-américaine » car les conditions techno-scientifiques, culturelles, économiques, culturelles de son développement étaient réunies après la fin de la Seconde guerre mondiale aux États-Unis.
La bioéthique est d'abord « une éthique médicale » dont le tournant fondamental se produit en 1947 après le procès de Nuremberg qui met en exergue le caractère immoral des expériences médicales nazies. Mais si la bioéthique est un aspect majeur de l'étique médicale, il n'est pas le seul car les développements des nanotechnologies et de la génétique orientent de plus en plus les enjeux éthiques vers l'être vivant en général.
Pour l'ouvrage, la bioéthique est « une réelle discipline » car elle possède un corpus de connaissances qui peut être enseigné et qui doit mener à une réflexion soutenue sur les théories éthiques.
« La bioéthique se fonde sur des principes moraux » en faisant de la loi morale, un devoir. C'est ainsi que l'on a vu se développer le « principlisme » qui vise à accorder la priorité à grands quatre principes dans la résolution des problèmes éthiques : le respect de l'autonomie, la non-malfaisance, la bienfaisance, la justice. Le « principlisme » doit cependant être complété par d'autres paramètres.
La bioéthique doit aussi partir de la singularité du cas réel car en tant qu'éthique appliquée, son objectif est d'apporter une aide à la décision et une motivation à l'action dans les cas singuliers. La bioéthique a aussi une responsabilité sociale et politique qui l'oblige à réfléchir sur un plan international, collectif et à long terme.
La bioéthique doit aussi « chercher le consensus » sachant qu'elle est l'application du principe de précaution car dès sa naissance, la science expérimentale moderne s'est développée en prenant des risques. Le rôle de la bioéthique est d'alerter sur les dangers et d'inviter à la précaution en invitant à un débat en profondeur sur ces questions.
Affaire de sages et d'experts, elle devrait aussi davantage se mettre à l'écoute de l'opinion publique.
À quoi sert alors la bioéthique ?
Elle est apparue pour mettre fin aux abus scientifiques, c'est-à-dire aux usages excessifs et inappropriés, à l'acharnement thérapeutique, à l'excès de pouvoir.
La bioéthique doit aussi intégrer le domaine des techno-sciences et éviter que les biotechniciens soient sous la coupe des scientifiques et des industriels.
La bioéthique se nourrit aussi de son histoire et c'est cela qui fait évoluer ses thèmes, ses théories, ses principes, ses modes de décision.
Un bon médecin n'a cependant pas besoin de bioéthique car il maîtrise ses connaissances scientifiques tout en étant capable d'évaluer la pertinence de leurs applications.
La réflexion bioéthique doit cependant se concrétiser dans la loi car l'encadrement législatif des techno-sciences est nécessaire dans la mesure où il faut « baliser » la recherche. Mais l'objectif de la bioéthique dans le champ de l'encadrement ne se réduit pas à la production de textes législatifs et réglementaires.
La bioéthique cherche à satisfaire les désirs individuels et présents sachant que la responsabilité à l'égard des générations futures est un aspect de la portée globale de cette discipline. Mais attention, cette notion de globalité ne recoupe pas celle d'universalité.
La contraception et l'avortement ont été les premiers grands combats des femmes dans le domaine bioéthique et ont attiré l'attention sur la nécessité d'insérer les dimensions socio-économiques et culturelles dans le domaine de la réflexion bioéthique.
La bioéthique protège aussi les valeurs du passé car elle doit aussi lutter contre les discriminations, les dégradations environnementales. Est-elle frileuse et conservatrice ? Non, quand elle l'est à bon escient.
La bioéthique exprime cependant l'impérialisme culturel des pays occidentaux car elle est une grille de lecture occidentale de la réalité techno-scientifique.
Au total, la bioéthique aujourd'hui tend à se scinder en deux branches :
- une branche appliquée aux situations particulières et conçue comme une extension de l'éthique médicale ;
- une éthique envisageant au plan international des questions d'ordre général.
In fine, pour l'auteur la bioéthique ne doit pas donner du « pensé » mais elle doit donner à penser.
Pascal JOLY