« Champs essais Flammarion » - octobre 2009 - 249 pages
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Les débats qui agitent la vie économique contemporaine ne peuvent être compris si l'on se réfère au passé et à l'histoire économique depuis ses prémices sous l'Antiquité. On ne peut en effet appréhender utilement les controverses actuelles sur le libéralisme économique que si l'on ne se réfère pas aux physiocrates, aux mercantilistes, aux socialistes utopiques, à Marx, aux thèses d'Adam Smith et de Ricardo, à Keynes... Connaître l'histoire de la pensée économique est donc nécessaire si l'on veut comprendre notre monde contemporain et ses modes de fonctionnement économique. |
Proche de Lionel Jospin, Jacques Valier est professeur émérite de l'université de Paris X-Nanterre.
Il a longtemps enseigné l'histoire de la pensée économique et fait partie des spécialistes des questions de sous-développement.
Il est notamment l'auteur avec Pierre Salama de « Une introduction à l'économie politique » (1973) ; « L'économie gangrenée : essai sur l'hyperinflation » (1990) ; « Pauvretés et inégalités dans le tiers-monde » (1994).
L'économie politique est née à partir de la production marchande et de l'économie monétaire.
Elle apparaît ainsi au VIe siècle avant JC sous la Grèce antique et en Chine.
Si Platon se déclare favorable à la communauté de biens, Aristote défend quant à lui la propriété privée, l'échange marchand et l'utilisation de la monnaie mais avec des limites. Il réfute ainsi la chrématistique c'est-à-dire l'échange sans limites de richesses et défend la notion de justice sociale.
Après Saint-Augustin qui considère au Ve siècle qu'il ne faut pas s'intéresser au monde actuel marqué par le péché originel, Saint-Thomas d'Aquin forge au XIIe siècle la doctrine économique de l'Église : il accepte le principe de l'économie marchande mais en moralisant son fonctionnement.
La naissance du capitalisme commercial en Europe à la fin du XVIe siècle voit le mercantilisme pragmatique se développer. Celui-ci repose sur trois facteurs de croissance : l'abondance des hommes, l'abondance de l'argent et l'intervention de l'État en matière de commerce extérieur même si certains auteurs comme Thomas More le critiquent.
À la fin du XVIIe siècle, les thèses mercantilistes sont battues en brèche notamment par Quesnay et les physiocrates qui mettent en évidence les interdépendances entre production nationale, revenu national et dépense nationale.
La Révolution industrielle voit se développer une économie politique d'inspiration britannique avec Adam Smith, Thomas Malthus, David Ricardo et Jean-Baptiste Say qui prônent le libéralisme économique même si l'on peut observer entre ces différents auteurs des divergences sur le problème de la valeur des marchandises, celui de la nature de la répartition des revenus et celui des crises et de la croissance.
Des réactions apparaissent cependant : elles viennent tout d'abord du socialisme utopique incarné par Fourier et Owen. Elles sont prolongées par le socialisme de Karl Marx dont pour l'auteur, l'½uvre est immense même si la vision de la société communiste reste quelque peu utopique et ne peut être assimilée au système communiste de l'ex-URSS.
La fin du XIXe siècle voit l'apparition d'une école de pensée néo-classique incarnée notamment par Jevons, Menger, Walras et Pareto. Ces auteurs croient à la supériorité du libéralisme économique et développent une théorie de la valeur et de la répartition.
Mais la Grande crise de 1929 va changer la situation et permettre l'émergence de la théorie keynésienne qui se veut une rupture : Keynes met en valeur le rôle de la demande globale et légitime l'intervention de l'État qui doit mettre en place une politique de redistribution des salaires, une politique d'expansion monétaire et une politique de grands travaux publics.
Mais parallèlement, se développent de nouveaux courants de pensée socialistes : réformateur avec Bernstein et Cunctator ; marxiste avec Rosa Luxembourg, Trotski et Preobajenski.
La pensée économique contemporaine depuis 1945 est pour l'auteur marquée par trois grands événements : l'ampleur du processus de décolonisation ; le maintien de la dictature stalinienne, sa chute et le développement d'un capitalisme sauvage dans l'ex-URSS ; la succession dans les pays occidentaux de deux grandes phases : une phase de croissance rapide jusqu'au début des années soixante-dix et ensuite une phase de croissance moins forte avec des périodes de crise.
Cela explique que la pensée économique connaît une grande diversification même si les thèses développées s'inscrivent majoritairement dans la filiation des trois grands courants de pensée historique : néo-classique avec Hicks, Phillips, Malinvaud, Samuelson ; keynésien avec la nouvelle école de Cambridge, Kaldor, Weintraub, Kalecki ; marxiste avec Ernest Mandel, Michel Aglietta, Raul Prebisch, Pierre Salama.
Des auteurs se démarquent cependant des trois grands courants de pensée comme Léontieff qui développe un modèle « d'input/output », l'ultra-libéral Hayek, les monétaristes inspirés par Friedman, les économistes de l'offre avec Laffer...
Que faut-il retenir de cette histoire de l'économie politique ?
Qu'en économie, les résultats qui apparaissent les plus solides ne sont jamais acquis d'avance.
La remise en question dans les années soixante-dix de la théorie et de la politique keynésiennes et la dégénérescence dans les années trente de la pensée marxiste en sont deux exemples éclatants.
L'auteur déplore ce qu'est devenue aujourd'hui de façon dominante l'économie politique : une économie modélisée reposant sur des théories et des doctrines trop rarement remises en cause d'autant que les économistes qui « se croient affranchis d'influences doctrinales sont le plus souvent esclaves d'une doctrine implicite ».
Pascal Joly