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Le XXe siècle idéologique et politique - Michel Winock (01/09/2009)

« Collection Tempus - Éditions Perrin - septembre 2009 - 535 pages

Michel Winock s'interroge dans cet ouvrage très dense et documenté sur le XXe siècle.

Le siècle écoulé a en effet connu des grandes violences collectives avec deux grands conflits planétaires, l'apparition des régimes totalitaires, des génocides...

Le XXe siècle a été aussi le siècle des idéologies avec tout ce qu'elles pouvaient avoir de positif et de négatif.

L'ouvrage s'interroge aussi au moment où le Gouvernement vient de lancer un grand débat sur l'identité nationale, l'idée nationale, la notion de nation, le nationalisme républicain, les mythes qui ont traversé la France contemporaine.

Siècle de controverse, le XXe siècle aura été marqué par de profonds mouvements de contestation qui se prolongent encore aujourd'hui.

Michel Winock est un des plus grands historiens français contemporains. C'est un spécialiste de l'histoire contemporaine et il est aussi le fondateur de la revue « Histoire ».

Parmi ses nombreux  ouvrages : « Les Communards » (1964) ;  « La IIIe République : 1870-1940 »  (1969) ; « La fièvre hexagonale : les grandes crises politiques, 1871-1968 » (1986) ; « Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France »  (1990) ;  « Le socialisme en France et en Europe : XIXe-XXe siècle » (1992) ;  « Histoire de l'extrême droite en France » (1994)  (dir.), Seuil, « Points Histoire », (1994) ; « Le siècle des intellectuels » (1997) ; « Dictionnaire des intellectuels français » (2002) ;  « La France et les Juifs, de 1789 à nos jours » (2004) ; « Clémenceau » (2007) .

L'ouvrage soulève le problème des rapports entre société civile et politique.

L'Etat est-il notamment une projection de la société civile ou à l'inverse n'est-il pas son guide ? Doit-il être normatif ou prescriptif ?

Notre société est composite et contradictoire, composée d'individus qui se caractérisent selon l'expression de Kant par « une insociable sociabilité ». D'où l'importance des régulations dont la première est le droit qui devient une contrainte à laquelle les citoyens sont soumis, qui permet au pouvoir politique de légiférer. Une deuxième régulation est nécessaire : celle de la compétition électorale car ce sont les élections qui rendent la loi légitime. Mais il est aussi nécessaire que les citoyens se sentent parties prenantes de la loi ce qui implique l'éducation de l'esprit civique.

La révolution médiatique impose aujourd'hui plus encore qu'auparavant aux gouvernants de déployer des vertus pédagogiques car la démocratie participative est une nouvelle donnée de la vie politique qui attend encore sa réglementation.

Pour l'auteur, le XXe siècle a été le siècle des idéologies contrairement aux siècles antérieurs où les  sociétés étaient soumises à la tradition dont la composante religieuse était la base. Qu'est-ce en effet une idéologie si ce n'est un système de représentation du monde, de l'histoire, de la société visant à servir une volonté d'action.

Le XXe siècle a été marqué  par la terreur qui a parfois fini d'élever au-dessus de tout et de tous  « la figure paroxystique de l'autocrate ». Il a été aussi marqué par le totalitarisme, mais celui-ci n'a jamais été totalement achevé car chaque système a généré des contradictions et des résistances. Le XXe siècle a également connu le fascisme qui est à la fois une révolution et une contre-révolution en ce sens qu'il s'inscrit dans un mouvement de longue durée, d'hostilité à la société libérale et démocratique dont la base est l'individu. On y observe aussi l'extrémisme qui se projette dans un monde essentialiste où doit triompher un idéal de pureté.

Quant à la démocratie, si elle est devenue « un étalon commun de la légitimité politique moderne », elle reste un système politique fragile car nécessitant des citoyens qui sont  divisés par leurs intérêts, leurs croyances, leurs idées, leurs systèmes d'appartenance. Ce n'est pas un système établi une fois pour toute. Mais le XXe siècle aura été globalement démocratique. La démocratisation de la société aura aussi rendu vaine l'aspiration révolutionnaire et nous assistons à une formidable mutation sociale et politique des sociétés modernes via l'expansion des nouvelles technologies.

L'auteur s'interroge aussi dans cet ouvrage sur l'idée nationale.

La nation reste pour lui l'espace privilégié de la vie publique, le réceptacle du plus grand nombre de valeurs communes, et de cultures partagées. Une fois élaborée et souveraine, elle transcende les particularismes et instaure un lien social de nature politique. La France s'est d'abord caractérisée par un nationalisme républicain exaltant l'Etat/nation puis par un « nationalisme des nationalismes »  caractérisé au premier chef par la crainte d'un ennemi intérieur. La France connaît aussi de longue date le populisme : apparu au XIXe siècle avec le général Boulanger, il  persiste aujourd'hui avec Jean-Marie Le Pen. Elle reste encore marquée par les idées de Maurras qui reposent sur la haine du présent et la valorisation d'un passé mythique. L'auteur s'interroge sur le culte de Jeanne d'Arc dont il rappelle que c'est la Gauche qui en est à l'initiative tout en regrettant que la réplique des Républicains face à la récupération menée par le Front national soit assez faible. Le XXe siècle est aussi marqué par les figures de sauveurs que sont de Gaulle et Clémenceau. Le nationalisme républicain du premier rejoint le nationalisme providentialiste du second dans la même exaltation de la patrie.

Mais le XXe siècle aura surtout été un siècle de controverses.

La société française est en effet traversée depuis la Révolution française par de profonds mouvements de contestation que l'Etat providence et la société de consommation n'ont nullement effacés. Elle connaît toujours trois conflits majeurs et n'est donc pas pacifiée : le conflit religieux car la laïcité est désormais contestée par le monde musulman ; le conflit constitutionnel qui est à la merci d'une nouvelle cohabitation ; le conflit social car la pratique de la réforme et du compromis n'est toujours pas admise par les syndicats en général.

Autre interrogation posée par l'ouvrage : la Révolution a-t-elle eu lieu en mai 1968 ? Pour l'auteur, l'explication causale est difficile et le mérite de mai 1968 aura surtout d'avoir posé la question d'une société en quête de sens tout en portant le premier coup à une démocratie participative figée. Mais quarante ans plus tard l'interrogation demeure...

Pascal JOLY

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