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L'espace public - Thierry Paquot (15/12/2009)

« Repères / La Découverte » - décembre 2009 - 125 pages

Au singulier, l'espace public désigne le lieu du débat politique, de la confrontation des opinions, de la pratique démocratique. Il relève du vocabulaire de la philosophie politique et des sciences de la communication.
Au pluriel, les espaces publics correspondent au réseau viaire, aux rues et boulevards, aux places et parvis, aux parcs et jardins, aux voies de circulation ouvertes au public. Les espaces publics appartiennent plutôt au vocabulaire des urbanistes et des ingénieurs.

L'espace public comme les espaces publics ont subi de profondes transformations ces dernières années mais ont des points communs car tous deux participent à la communication.

C'est ce que cet ouvrage s'efforce de démontrer.

Thierry Paquot enseigne à l'Institut d'urbanisme de Paris.

Il est également l'éditeur de la revue « Urbanisme ».

Il a publié de nombreux ouvrages, dont « Homo urbanus » (1990) ; « Villes et civilisation urbaine, XVIIIe - XXe siècle » (avec Marcel Roncayolo 1992) ; « Vive la ville ! » (1994) ; « Les Agences d'urbanisme, 1963 - 2003 ».

S'inspirant des travaux du philosophe allemand Jurgen Habermas (1929-), l'auteur rappelle que l'espace public (« public sphere » pour les anglo-saxons) est d'abord un espace intermédiaire entre la vie privée de chacun et l'État régalien. C'est pourquoi, l'espace public sert à la fabrique d'opinions et peut se transformer en espace public organisationnel.

Jurgen Habermas estime que les journaux, les cafés et les salons y jouent un rôle important.

Il observe une forme d'union de la presse à la ville mais celle-ci subit aujourd'hui la reconfiguration des médias avec la montée de la presse gratuite, des informations diffusées sur Internet. Cela a pour conséquence une réduction de l'espace public au fur et à mesure que se développent les réseaux d'information mobiles.

Les salons ont historiquement permis - quant à eux - de favoriser l'expression de points de vue contradictoires et par voie de conséquence de délimiter un espace démocratique.

Quant aux cafés, ils sont des lieux de sociabilité même s'ils ont oublié les débats d'idées au profit de « la blague de comptoir ». Ils restent néanmoins « des balises dans l'océan agité des grandes villes ».

La question soulevée par la définition de cet espace public « habermassien », consiste à déterminer quelles sont les frontières réelles entre la sphère du public et celle du privé.

Le monde moderne voit la production quitter le domicile du travailleur et l'amélioration du logement populaire qui marque la fin de la promiscuité familiale. Les années soixante marquent la montée de l'individu qui est désormais privilégié et libre de s'ouvrir ou non à l'espace public. C'est à cet « être privé » qu'il appartient désormais de décider de son « public » même si la société n'existe que par les relations que les êtres ne cessent de lier et de délier entre eux parfois dans le conflit, parfois dans le secret. Cette thèse était d'ailleurs celle défendue par le philosophe allemand Georg Simmel (1858-1918).

Historiquement, et c'est ce que montrent les travaux des archéologues, toute ville s'est caractérisée par un réseau plus ou moins dense de voies de circulations car une ville « c'est d'abord ses rues ».

La ville de la modernité se veut quant à elle en perpétuel mouvement et traversée d'innombrables flux. Elle est magique car elle attire une population cosmopolite. Elle est sans limites car elle s'éparpille aux alentours.

Le grand architecte Le Corbusier1887-1965) va militer pour un fonctionnalisme radical de l'espace urbain avec le recours au zonage où chaque activité a sa place, avec une hiérarchie des voies qui irrigue « la ville radieuse » faite de tours sur pilotis disposées autour d'un vaste parc.

L'expression « espace public »date des années soixante-dix. On va passer de l'âge des tracés à celui des fonctions (stationnement, signalétique...)

On observe aujourd'hui que de nouvelles sociabilités envahissent de nouveaux emplacements qui deviennent ainsi des espaces publics ou plus précisément des lieux publics : les écoles, les universités, les lieux de culte, le parcours de randonnée, celui du roller, le centre commercial...

Juridiquement la rue engendre aussi des devoirs à ses usagers et propriétaires. Le traitement des lieux urbains connaît ainsi depuis une vingtaine d'années d'indéniables avancées et les lieux urbains sont devenus aujourd'hui un enjeu majeur pour le devenir de la civilisation urbaine. Le choix de lieux urbains ouverts et accueillants est donc un acte politique.

Pascal JOLY

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