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« La loi Hadopi ne marchera pas »

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Éric Maskin a reçu le Prix Nobel d'économie en 2007 (avec les économistes américains, Leonid Hurwicz et Roger Myerson). Il est professeur à l'Institute for advanced study de l'Ecole des sciences sociales de l'université de Princeton.

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La Lettre du Cadre Territorial numéro 384 (15 juillet 2009)

Un article de M Stéphane Menu


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Eric Maskin a reçu le prix Nobel d'économie en 2007 ( avec les économistes américains, Leonid Hurwicz et Roger Myerson). Il est professeur à l'institute for advenced study de l'école des sciences sociales de l'université de Princeton.


Vous avez obtenu le Prix Nobel de l'économie en 2007 sur la base d'une théorie dite des « mécanismes incitatifs ». Quelles en sont les applications ?

Cette théorie explore le fonctionnement classique des marchés ou des institutions économiques. J'ai proposé d'intégrer des objectifs à l'intérieur de ces mécanismes économiques, quels qu'ils soient, pour ­essayer de voir s'ils réagissaient négativement ou positivement. J'ai essayé de savoir quelles étaient les meilleures institutions pour atteindre ces objectifs, sachant que certains agents à l'intérieur desdites institutions disposent d'informations que nous n'avons pas et que cette asymétrie d'informations rend difficile la réalisation des objectifs. Prenons le cas de la pollution. Le fonctionnement de l'économie a provoqué une augmentation importante de la pollution. Comment les acteurs de l'économie peuvent-ils participer à la lutte contre le réchauffement climatique ?


Vos travaux ont-ils été repris par certains gouvernements ?

J'ai été invité récemment en Grande-­Bretagne à réfléchir aux moyens de réduire les émissions de gaz à effets de serre. J'ai proposé un mécanisme de mise aux ­enchères de droits à polluer pour certaines centrales électriques britanniques. Par exemple, si deux entreprises polluent et si l'une d'entre elles doit investir beaucoup d'argent pour réduire cette pollution, il serait préférable que celle dont la réduction peut être moins coûteuse soit sollicitée prioritairement dans l'effort de réduction. Ce droit à polluer permet de répartir intelligemment la charge globale des efforts à produire. À Los Angeles, il a un vrai impact positif.


Quelles formes vont prendre à votre avis les régulations économiques sur le net ?

Il faut assurer la protection des droits d'auteurs, en mariant une juste rémunération des artistes et un accès souple pour les ­internautes à toutes les ½uvres. Je ne pense pas que la loi Hadopi aille dans la bonne ­direction. Il est préférable d'ajouter au montant de l'abonnement un forfait supplémentaire, d'un montant à préciser et dont les recettes seront redistribuées aux artistes par les maisons de disques en proportion du nombre de téléchargements. C'est à mon sens le meilleur mécanisme. Aux États-Unis, c'est l'industrie du disque elle-même qui a intenté des procès très durs en direction des téléchargeurs illégaux. Des personnes ont été sévèrement punies. Mais cet acharnement juridique s'est rapidement retourné contre les majors, les consommateurs décidant de boycotter de plus en plus ces majors très actives sur un plan juridique. Elles ont renoncé aux procès.


Pensez-vous que la crise a permis de réécrire les règles du jeu économiques

Les économistes savent depuis longtemps que les marchés financiers doivent être mieux encadrés. Nous savons quelles régulations seraient efficaces pour mettre un terme aux dérives financières de l'économie. Je suis donc optimiste en matière de solutions. Mais je reste prudent face aux marchés financiers, qui sont très innovants pour contourner les régulations. Là où je suis plus réservé, c'est sur la volonté politique de mettre en place ces règles du jeu. Est-elle réellement forte ?


 

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