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Familles en miettes - Gilles Bon-Maury (01/01/2010)

« Café République - Bruno Leprince » - janvier 2010, 100 pages

Gilles Bon-Maury nous livre un ouvrage engagé et militant.

Pour lui, il faut réviser la définition politique, sociale et juridique du projet familial.

Les réalités vécues doivent prévaloir sur les vérités biologiques, les idées politiques sur les réflexes et les traditions.

Ce livre s'appuie sur une contribution rédigée par HES dans le cadre des états généraux de la bioéthique.

Il s'inscrit aussi dans l'esprit de l'ouvrage de la philosophe, Sylviane Agacinski : Corps en miettes.

Gilles Bon-Maury est président d'Homosexualités et Socialisme.

Il milite en particulier pour l'ouverture du mariage aux couples de même sexe et pour la reconnaissance de l'homoparentalité.

Il est aussi l'auteur de Lesbiennes, gays, bis, trans. Aimable clientèle, publié en octobre 2008.

L'ouvrage rappelle que les années soixante-dix ont été celles de la libération sexuelle dans le monde occidental : loi Neuwith sur la contraception en 1967, loi Veil en 1975 sur l'avortement... L'acte sexuel est dissocié de l'engagement parental ; les femmes ont conquis la liberté de disposer de leur corps.

À partir de 1973, le don de sperme est organisé en France et en 1978, Louise Brown est le premier bébé conçu par fécondation in vitro en Grande-Bretagne.

Les modèles familiaux se sont parallèlement diversifiés : depuis 1999, avec la reconnaissance du PACS ; depuis 2002, avec la possibilité de reconnaissance de l'autorité parentale pour l'un des beaux-parents dans les familles recomposées ; depuis 2007, avec l'abandon de la distinction entre filiation légitime et filiation naturelle, mettant ainsi fin à une distinction héritée du Code civil de 1804.

Enfin, depuis 2007, les naissances hors mariage sont plus nombreuses que les autres.

Pour l'auteur, « la société actuelle se réforme dans la douleur d'une confrontation entre ses aspirations sociales, libérales et les pesanteurs et les dogmes qui l'immobilisent ».

Le droit a pris du retard sur la société et les familles sont en miettes car la loi s'est éloignée de leurs réalités.

Le débat actuel sur la révision des lois sur la bioéthique est symptomatique car mal engagé. Or, c'est dans les principes politiques que se trouvent les fondements d'une réponse aux questions éthiques.

Notre démocratie républicaine doit faire face à la fragmentation de la société qui tend à enfermer chacun dans un sort déterminé par la communauté à laquelle il s'identifie.

L'ouvrage rappelle aussi que les Pays-Bas en 2001, la Belgique en 2003, la Norvège en 2008, la Suède en 2009 ont ouvert par la loi le mariage aux couples du même sexe.

À l'appui de sa théorie, l'auteur cite le philosophe américain John Rawls (1921-2002) : « La liberté ne peut être limitée qu'au nom de la liberté » car on ne peut fonder une théorie de la justice sur un principe aussi polyvalent que celui de la dignité de la personne humaine. Or, la dignité de la personne humaine consiste en la reconnaissance de droits inaliénables, dont le premier est le respect de la liberté individuelle.

Dans ces conditions, le choix que fait la France de condamner la gestation pour autrui est regrettable, d'autant que l'absence d'encadrement de cette pratique peut conduire à de graves dérives.

La famille ne résiste plus aux désirs des individus qui la composent.

En France, un couple sur deux divorce et un mariage sur cinq est un remariage.

Le rapport aux institutions est modifié.

En France, la famille n'est plus déterminée par le mariage et les naissances sont maîtrisées. De nouvelles formes de vie familiale ont émergé et c'est normal, car la famille est d'abord une composition. L'histoire d'une famille commence par une volonté d'engagement, un besoin de solidarité et la reconnaissance d'une responsabilité partagée.

Or, notre droit ignore la dimension sociale et biologique de la famille ; il confond procréation et filiation alors que le premier souci du législateur devrait être de protéger l'intérêt de l'enfant.

Pour l'auteur, la filiation ne se lit pas dans l'ADN car elle est d'abord une éthique de responsabilité qui se fonde sur l'éducation et non sur une vérité biologique.

Il prône aussi la levée de l'anonymat de l'auteur de dons de gamètes sous certaines conditions : « afin de dire la vérité aux enfants » et « ne plus confondre engendrement et filiation ».

La question des frontières familiales est politique et il faut réviser le projet familial.

Il faut passer à une société fondée sur les réalités vécues et non plus sur les mesures génétiques : ce sont le droit du sol, le primat du biographique et non plus le droit du sang et le primat du biologique.

Faire évoluer le projet familial, c'est un progrès de civilisation.

Pascal JOLY

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