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A la uneLe péril jeune, vieille rengaine. Les populations jeunes ne sont plus les mêmes qu'en 1968,m ais elles ont toujours des revendications. Plus précaire, plus fragile, victime du chômage et de la crise du logement... la jeunesse mérite aujourd'hui de la part des collectivités, des politiques volontaristes. Le but : permettre à chaque jeune d'accéder à l'autonomie et à l'émancipation, lui ouvrir sa place dans la société. La Lettre du Cadre Territorial numéro 387 (1er octobre 2009) |
Un article de Mme Corinne Bord
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Les émeutes de 2005, le mouvement contre le contrat première embauche (CPE) et l'occupation des universités sont des mobilisations qui mettent en lumière les inquiétudes d'une génération. Emploi, formation, les revendications sont claires. Il s'agit pour les jeunes de se faire une place dans cette société.
Le parallèle avec 1968 vient immédiatement à l'esprit. Mais les situations et les aspirations sont différentes :
- démographiquement, les moins de 20 ans sont moins nombreux que les populations de plus de 60 ans. Ils sont 16 millions de jeunes, quand les « retraités, seniors » sont près de 20 millions ;
- socialement, la précarité est forte. « Trois ans après la fin de leurs études, 20 à 28 % des jeunes occupant un emploi salarié peuvent être considérés comme déclassés » ;
- sociologiquement, l'âge même de la jeunesse s'étire. Si l'on considère que l'on devient adulte lorsque l'autonomie, voire l'indépendance financière, professionnelle et sociale sont acquises, alors la jeunesse peut s'étendre au-delà de la trentaine.
De même, si l'on examine les conditions de vie des 18-29 ans, la situation est aussi préoccupante. Une faible majorité des jeunes (56 % des 18 à 29 ans) ne vit plus chez ses parents. Plus précisément chez les 26-29 ans, 21 % des hommes ayant un emploi et sans enfants demeurent toujours au domicile parental.
Ces éléments sont, bien entendu, à corréler avec le taux de pauvreté de cette population. 33 % des jeunes de 18 à 29 ans se retrouvent dans le quart de la population la plus modeste. La diversité des situations et la fragilité de ces populations rendent d'autant plus complexes les réponses en matière de politiques publiques.
Au travers de ces éléments, une esquisse des obstacles auxquels est confrontée la jeunesse se dessine. La crise a rendu plus visible ces difficultés et la fragilité de cette population. Les réponses apportées par le Haut-commissaire sont partielles, et principalement centrées sur la question de l'emploi et de l'insertion professionnelle. Si ces deux points sont des leviers importants, la politique en direction des jeunes ne peut se résumer à ces seuls points, de court terme. Les dispositifs sont sectoriels et cohabitent sans véritablement générer d'effet d'entraînement essentiel à leur émancipation.
Les difficultés des jeunes sont plus structurelles et imposent aux collectivités locales d'être naturellement en première ligne : les régions, naturellement, au travers de la gestion de lycées, de la formation professionnelle et des missions locales. Les départements interviennent ensuite au travers des politiques sociales, de l'aide à l'enfance et de la prévention de la délinquance et, bien entendu, des collèges. Et enfin, les villes, qui assurent la gestion des maisons des jeunes, des maisons de quartier et autres centres d'animation. L'unité de l'ensemble de ces politiques n'est pas assurée, chacun y allant de son dispositif aux dépens d'une politique globale, cohérente sur un territoire en matière de logements, d'exclusion des systèmes éducatifs, de loisirs, de culture.
Chacune de ces dimensions répond à une action, mais une réelle ambition pour la jeunesse manque cruellement des projets. Alors comment faire ?
Christelle Bonneau
Responsable du service Sports et Jeunesse, conseil général de l'Allier
bonneau.c@cg03.fr
Les acteurs jeunesse ou les jeunes eux-mêmes ont l'impression que rien n'a changé depuis trente ans, que le diagnostic et les problématiques liées à l'accès à l'emploi, à la formation, au logement, ou aux loisirs sont les mêmes. Pourtant les politiques jeunesse, quelle que soit l'échelle de mise en œuvre, n'ont cessé de se développer.
Il semble parfois que les jeunes n'ont pas besoin des professionnels de la jeunesse, qu'ils ne se sentent pas concernés par les politiques publiques qui leur sont destinées ou qu'ils ont le sentiment qu'elles s'adressent uniquement aux jeunes dits « en difficulté ». Comme un jeune l'a très bien dit lors d'une réunion de territoire qui a récemment eu lieu dans l'Allier : « je ne suis pas concerné par ce que vous faites car je n'ai pas de problème ».
Le « péril jeunes » est certes une vielle rengaine, mais les discours condescendants sur la place des jeunes dans la société le sont aussi, sans pour autant que des changements se soient opérés pour améliorer leur situation.
La création d'un Haut-commissariat à la jeunesse a renouvelé les espoirs - peut être pas des jeunes ? - en tout cas des professionnels, d'une réelle prise en compte et d'une ambition pour les jeunes. Ce qui laisse un champ des possibles important pour les acteurs publics, les collectivités ou les associations pour innover et expérimenter de nouvelles formes de réponses à leurs attentes.
À défaut, ce sera à nouveau une occasion ratée de remettre à plat un certain nombre de politiques qui n'ont pas fait leurs preuves. Au-delà des réponses conjoncturelles, ce sont surtout les adultes qui doivent modifier leur approche et comportement vis-à-vis des jeunes. Les jeunes n'ont pas besoin qu'on leur explique quoi faire, comment avoir des projets... ils ont déjà des envies et des idées. Qu'on les laisse faire, simplement. Et après tout, si on ne leur laisse pas de place, qu'ils la prennent, qu'ils enfoncent les portes fermées ! Comme le dit la chanson de Damien Saez : « L'heure est aux rêves, aux utopiques. Jeunesse lève-toi ! ».
Olivier Girardin
Maire de La-Chapelle-St-Luc
o.girardin@la-chapelle-st-luc.eu
Il y a, dans les quartiers populaires, des logiques d'enfermement. D'enfermement physique mais aussi mental et culturel. En matière de politique culturelle, il revient donc aux politiques publiques d'aider les jeunes à établir leur propre rapport à la culture et à la beauté. Je souhaite que tous les jeunes de ces quartiers puissent aller au musée avant leurs 18 ans. L'objectif à terme est que tous aillent au Louvre. Nous sommes actuellement dans la phase d'expérimentation et faisons en sorte que soient organisées dans le cadre des activités jeunesse de la ville, des visites au musée d'art moderne de Troyes et aux expositions temporaires qu'accueille La-Chapelle-St-Luc.
Nous avons mené cette année un travail spécifique dans les écoles primaires, sur les expositions de peintures de l'agglomération troyenne. L'objectif est de créer les conditions pour que les gamins aient le choix d'aimer ou de ne pas aimer les peintures ou les sculptures qu'ils verront. Pour cela, il faut rompre ces logiques d'enfermement - dont ils n'ont même pas conscience - et nous devons organiser ces déplacements permettant l'accès à l'art.
La sortie du quartier et de la ville est essentielle, quand pour la plupart leur univers se limite à la gare de Troyes et à la gare du Nord. La plupart d'entre nous sommes déjà impressionnés par le Louvre, imaginez ce que cela leur procurera ! J'aimerais qu'ils voient ça au moins une fois dans leur vie.
Jean-Pierre Faye
Chargé de mission « Cohérences territoriales et développement durable »
mjpf34@msn.com
S'ils avaient le droit de vote, face à l'indigence de certains programmes électoraux et face au cynisme des marketingueurs du « développement durable », les « 14-18 ans » seraient en droit d'exiger :
- la construction d'espaces publics qui permettent de regarder le monde sans y entrer encore, avec la possibilité d'y côtoyer des artistes, des sportifs, des artisans, des grands frères, des grands-parents... ;
- la réalisation de cheminements doux accessibles en vélo, en roller, en skate,... qui relient leurs collèges et leurs lycées aux équipements culturels et sportifs ;
- la réalisation d'un livret « artssport », pendant du livret « scolaire », qui reconnaisse les valeurs mises en œuvre dans la pratique de leurs activités culturelles et sportives ;
- l'existence d'accompagnateurs qui, indépendamment des écoles, les aident à mieux garder le contact avec leurs études, leurs parents, leur quartier, leur ville... ;
- l'organisation de manifestations culturelles et sportives internationales qui valorisent la créativité et les savoir-faire spécifiques à leur tranche d'âge ;
- la mise à disposition de locaux, abrités de la pluie et du vent, qui soient aménageables en logements et qui permettent aux parents des plus démunis de se fabriquer et de leur fabriquer un « chez eux » ;
- la mise en place d'un label qui leur permette de refuser les produits dont la fabrication a détérioré la qualité de vie de ceux qui les ont réalisés ;
- la recherche d'une « ambition d'art de vie » qui soit accessible aux enfants de tous les pays.
Un effort de méthode est nécessaire pour permettre de relever ce défi. Les collectivités, au niveau local, ont l'expérience de l'animation de réseaux d'acteurs dans la mise en œuvre de politiques publiques en matière de soins à domicile, de politique de la ville, de personnes âgées. Pourquoi ne pas imaginer des schémas d'accompagnement des populations jeunes, une logique partagée de parcours, un dispositif proche des CLIC (centre locaux d'information et de coordination des politiques en direction des personnes âgées) pour les jeunes ?
Par ailleurs, l'essentiel est d'inverser la logique et le regard sur cette population que l'on considère encore trop souvent comme un problème. Il est crucial de faire confiance et de proposer un panel large en matière de formation, d'emplois, de logement évidemment, mais aussi des opportunités permettant de se construire.
Des tentatives de réponses peuvent être proposées autour de trois axes :
- « Parier sur la jeunesse ! » et permettre aux jeunes de développer leur esprit d'initiative, de création et de responsabilité. Les expériences menées de conseils de jeunes sont intéressantes, autorisant tant la prise d'initiatives et la compréhension du cadre institutionnel. Ils permettent l'expression mais aussi le dialogue avec une population qui déserte les conseils de quartier et autres lieux de discussion. Associer les jeunes à la vie locale, c'est réellement se mettre en perspective de construire la ville et ses politiques avec ceux qui en seront la force vive. Permettre, c'est aussi encourager l'initiative, les projets de jeunes par un accompagnement financier certes, mais aussi éducatif.
L'autonomie s'acquiert par la pratique et les erreurs. Reconnaître un droit à l'erreur participe d'une réelle démarche d'apprentissage. Ce sont ici des pépinières de projets, là des aides à la création de juniors entreprises, juniors associations... autant d'éléments permettant de donner corps aux envies et de la transformer en projets de vie.
- « S'ouvrir au monde », c'est aussi se découvrir soi-même. Le proverbe populaire « les voyages forment la jeunesse » est criant de simplicité et de justesse. Les rencontres, les découvertes sont autant d'opportunités de se confronter à l'altérité, à la différence et par conséquent de se construire. Promouvoir, encourager le volontariat civil, en France, en Europe, à l'étranger comme de réelles chances non seulement de se former mais surtout de découvrir le monde, l'autre, des cultures.
Les voyages sont utiles en matière de formation, mais aussi de loisirs. Car les loisirs, la culture sont aussi des opportunités de découvertes. Les politiques de loisirs sont essentielles, comme l'est par ailleurs « le droit au départ » sous-tendu dans les congés payés.
- « Investir l'espace public ». Le rapport à l'espace public est bien souvent une crainte. Les jeunes occupent l'espace, ils se l'approprient, ou pas, effrayant la plupart du temps les autres populations, non pas par des menaces, mais simplement par une présence massive. Ils sont partie prenante de la ville et doivent pouvoir y trouver leur place. Penser l'espace public aussi pour les jeunes, leurs habitudes de vie, leur comportement de « tribu » est primordial et pas seulement en matière de maintien de l'ordre.
De même, les rythmes de vie sont différents, il est nécessaire de les prendre en compte. L'ouverture des centres sociaux, des maisons des jeunes, ou encore des ateliers sont à étudier. Enfin, en matière d'équipement bien sûr, mais aussi de construction de logements, par exemple, il est nécessaire de prendre en compte les attentes et le mode de vie des jeunes, certes en matière de taille de logement mais aussi d'environnement.
La nomination du haut-commissaire à la jeunesse peut être perçue de manière ambivalente. L'enveloppe budgétaire dont dispose Martin Hirsch est réelle. La volonté affichée dans le livre vert édité suite à la consultation est claire. La question sera celle des actes. Sur les premières réponses à l'appel à projet du Fonds d'expérimentation pour la jeunesse. 500 projets déposés, 165 sélectionnés et peu de projets associatifs retenus. À noter un réel souci de transparence avec la publication des critères d'examen des dossiers. L'enjeu est de taille et les résultats des expérimentations sont attendus.
Pour aller plus loin
- « Diriger un service enfance et/ou jeunesse »,
- « Prévenir les conflits avec les jeunes »,
- « Guide de l'élu délégué à l'enfance et à la jeunesse », des ouvrages de Territorial Éditions. Sommaire et commande sur http://librairie.territorial.fr