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Internet dix ans après : où en sommes-nous ? Anne-Sophie Peron Verloove (17/03/2010)

Les Éditions de l'Hèbe, Collection : La question, Mars 2010, 90 pages.

Internet est vraiment présent dans notre vie quotidienne depuis dix ans.

La plupart des foyers sont aujourd'hui équipés d'une liaison à la Toile, nous sommes connectés 24 heures sur 24, nous recevons une multitude de courriels tant au bureau qu'à la maison, les « ordiphones » (ou « smartphones ») se développent...

Internet induit de nouvelles pratiques sociales, est à l'origine de nouveaux réseaux sociaux.

Si la pratique du Net semble aujourd'hui acquise, il reste de nombreuses questions à explorer sur les dangers de la Toile, sur la sécurité des réseaux.

C'est ce que l'ouvrage s'efforce de démontrer de façon très pédagogique.

Anne-Sophie Peron Verloove est doctorante à la faculté de droit de Lausanne.

Elle rédige une thèse pluridisciplinaire traitant des réseaux sociaux sur Internet.

Elle collabore aussi avec l'association « Action Innocence Genève », une organisation non gouvernementale (ONG), qui contribue à préserver la dignité et l'intégrité des enfants sur Internet.

Internet (Interconnected networks) est un réseau informatique mondial fonctionnant grâce à des protocoles de communication TCP/IP (Transmission control protocol et Internet protocol). Il permet d'utiliser des services comme la messagerie électronique ou le « World wide web » grâce à une télécommunication par paquets qui fragmente l'information en paquet de petites tailles ce qui facilite leur circulation sur le réseau.

Les prémices d'Internet remontent au début des années soixante avec les travaux du professeur Kleinrock du Massachusetts institute of technology (MIT). Mais la « bulle Internet » n'explose vraiment qu'en 1999-2000 avec le développement du « e-commerce », des start-up, l'irruption du Net dans notre vie quotidienne.

Plusieurs facteurs expliquent l'engouement pour Internet : les facilités de communication qu'offre la « Toile » ; le désir de paraître et de se montrer sur le réseau en faisant du « buzz » (c'est-à-dire en faisant du bruit pour attirer d'autres personnes sur sa page ou son réseau) ; un phénomène d'effet de mode (l'auteur note par exemple que les blogs qui avaient la cote il y a deux ans sont aujourd'hui en perte de vitesse face à des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter) et enfin un phénomène d'amplification ou de cercle vicieux qui sont à la fois « time consuming » (consommateurs de temps) et qui conduisent à donner de plus en plus d'informations personnelles sur soi-même. Internet permet aussi aux adolescents de s'affranchir de la hiérarchie des adultes : c'est ce que l'auteur appelle la « brisure de la hiérarchie ».

L'ouvrage s'intéresse aux réseaux sociaux en relevant que Facebook (qui peut se traduire littéralement par « album d'images ») compte à ce jour plus de 200 millions d'inscrits dans le monde cinq ans après son lancement artisanal par un jeune étudiant dénommé Mark Zuckerberg dont la fortune est aujourd'hui estimée à 1,5 milliard de dollars. Twitter (« gazouiller » en anglais) a vu son nombre de membres exploser depuis 2008. Ce réseau distingue les « followers » des « followings ». Les premiers sont ceux dont on suit l'actualité. Les seconds sont ceux qui suivent votre actualité. Or, le fait de « twitter » en temps réel peut conduire à la divulgation d'informations confidentielles et donner lieu à du « phishing » (récupération d'informations par « hameçonnage »).

Napoléon Bonaparte affirmait : « je redoute plus trois journaux que 100 000 baïonnettes ».

C'est d'autant plus vrai aujourd'huicar la « cyber-réputation »est devenue un enjeu majeur dans la mesure où l'explosion du Net et du développement sans précédent des moyens de communication peut ruiner, en deux heures, une réputation difficilement construite pendant dix ans.

À titre d'exemple, les entreprises « googlent » désormais leurs futurs candidats c'est-à-dire qu'elles recherchent sur le réseau toutes les informations circulant sur un éventuel postulant.

De nouveaux dangers apparaissent aujourd'hui sur la Toile :

- le « cyberbullying » (to bully = intimider) ou « cyber intimidation » qui vise à utiliser les réseaux sociaux, les forums, les blogs (de web log), les chats (to chat = bavarder) pour diffuser de fausses rumeurs, des calomnies, diffamer... De plus en plus d'adolescents utilisent cette technique ;

- le « happy slapping » (littéralement : « donner joyeusement des baffes ») qui vise à filmer sur un téléphone portable une victime que l'on choisit et à mettre les images sur le Net avec sa variante le « sharking » qui consiste à déshabiller quelqu'un dans la rue ;

- les blogs « pro ana » (en faveur de l'anorexie comme mode de vie) ou « pro mia » (en faveur de la boulimie) ;

- « le social engineering » ou l'art de la manipulation qui est une forme d'escroquerie reposant sur des courriels frauduleux faisant miroiter des gains inespérés ou prenant la forme d'un e-mail de son fournisseur de services, de sa banque, de sa mutuelle...

Les vitesses de connexion que nous connaissons aujourd'hui nous conduisent à « surfer » de plus en plus de temps sans compter que le Net offre de plus en plus de services avec désormais un meilleur confort d'utilisation.

Sommes-nous pour autant « addict » à Internet ? La cyberdépendance commence lorsque l'on n'est plus capable de contrôler le temps que l'on passe sur le Net, que l'on ne se rend plus compte de la réalité des choses ni de leur importance Pour l'auteur, la cyberdépendance est aujourd'hui un réel problème d'autant qu'elle peut prendre différentes formes : à caractère sexuel, addiction aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux... Internet peut conduire aussi à multiplier les identités pour une même personne qui multiplie ainsi les statuts ce qui peut parfois entraîner une forme de schizophrénie. Plus dangereuse est la cyber-pédophilie sur la Toile. Un enfant sur cinq aurait ainsi déjà été approché par un site prédateur.

L'ouvrage s'interroge aussi sur le pouvoir des informaticiensqui peuvent comme les « geeks » (les personnes passionnées par les NTIC) accéder à un grand nombre de données sur nous. Une bonne cyber-sécurité est donc nécessaire, mais elle passe d'abord par l'internaute qui doit acquérir des réflexes simples, qui doit éviter de donner trop de données personnelles sur lui, qui doit adopter des mots de passe efficaces (un bon mot de passe est un mot de passe qui n'apparaît pas dans le dictionnaire...) et différents selon les sites consultés.

Internet donne l'illusion de la sécurité et même si c'est un formidable outil de communication, une bibliothèque universelle, une gigantesque banque de données, une vitrine sur le monde, il faut comparer la Toile à une voiture : utile lorsque l'on sait la conduire ; dangereuse si l'on ne sait pas s'en servir.



Pascal JOLY

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