Éditions du Seuil - Points Essai, Avril 2010, 312 pages
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L'ouvrage de Philippe Moreau Defarges a pour objectif principal de donner au lecteur les clés pour mettre en perspective les bouleversements affectant les relations internationales contemporaines. Ce classique en est à sa huitième édition. Il permet, cartes et chronologies à l'appui, de dresser un bilan des relations internationales depuis 1945 en fournissant de nombreux éléments d'interprétation et d'explication. Cet ouvrage particulièrement riche permet au lecteur de s'interroger sur un certain nombre de questions importantes dans le domaine des relations internationales. Ainsi en est-il de la notion d'ordre international, de mondialisation, des droits de l'homme, de désarmement... |
Philippe Moreau Defarges est un diplomate français, spécialiste des questions internationales, de la géopolitique, de la construction européenne et de la mondialisation.
Il est chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) et co-directeur du rapport annuel RAMSES (Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies).
Il a publié plusieurs ouvrages de référence : « Introduction à la géopolitique », « La mondialisation », « La gouvernance », « Droits d'ingérence »...
Les évolutions successives des relations internationales depuis 1945 cristallisent la problématique de la gouvernance car la vraie question est en réalité de savoir comment gouverner notre planète en prenant en compte souverainetés politiques et diversités culturelles.
La notion de gouvernance globale apparaît dans les années quatre-vingt-dix, mais en même temps le « vieux monde » de la rareté et de la pauvreté est toujours présent.
Qu'en est-il alors de l'ordre international ?
Pour l'auteur, les relations internationales ne sont pas une science et sont en perpétuel mouvement ce qui implique qu'il est difficile de dégager des lois. Tout ordre international est imparfait et les États souverains sont surtout des constructions historiques.
Un système international doit par voie de conséquence être analysé au regard de trois critères : la guerre, l'État/nation et l'organisation.
Concernant le premier point, trois données bouleversent l'approche de la guerre au XXe siècle : son encadrement par le droit ; l'apparition des armes de destruction massive ; la notion de succès militaire qui devient un but de plus en plus insaisissable.
Tout ordre international est aussi le produit de l'histoire et s'articule autour de trois éléments : un cadre des références ; une hiérarchie acceptée des puissances ; des mécanismes de concertation, d'échange et de communication.
Un ordre international se défait enfin dans les crises et les affrontements compte tenu du jeu des puissances.
Aujourd'hui, la puissance dominante est incontestablement les États-Unis. Mais « les États-Unis sont-ils une nouvelle Rome régnant sur le monde comme Rome régnait sur la Méditerranée » ou ne sont-ils pas plutôt l'Angleterre de la première moitié du XIXe siècle ? En tout état de cause, les attentats du 11 septembre 2001 et leur enlisement dans la guerre en Irak depuis 2003 ont marqué une rupture majeure pour eux.
Sur la question de l'armement et du désarmement, l'auteur note que quatre facteurs marquent désormais cette problématique : la fin de l'ordre Est/Ouest, le poids des données technico/économico/financières, l'émergence de menaces d'un type nouveau et la transformation de la notion de défense nationale car la défense tend à devenir une tâche technique désormais confiée à des professionnels de la guerre.
Les questions de territoires, de ressources naturelles et d'environnement sont aussi fondamentales.
L'une des priorités permanentes des entités politiques a toujours été de s'assurer le contrôle des ressources qu'elles perçoivent comme stratégiques, comme déterminantes pour leur sécurité et leur prospérité. C'est pourquoi à partir du XIXe siècle, la guerre s'est industrialisée. Mais le contrôle des ressources n'est qu'un objectif parmi d'autres dans les conflits armés qu'il faut d'abord resituer dans leurs dimensions politico-stratégiques.
Philippe Moreau-Defarges observe aussi, concernant les questions de commerce, de finances, de monnaies, que depuis 2007 l'ensemble de la planète est désormais intégré dans un système économique et social unique. Or, ce capitalisme planétaire ne saurait fonctionner sans crise ce qui implique que les équilibres géopolitiques mondiaux se modifient radicalement.
Sur la question des droits de l'homme, l'auteur note qu'ils sont devenus un enjeu international appelant à « une République universelle, à un contrat mondial entre tous les hommes » tout en observant qu'ils ne peuvent être enfermés dans une liste établie à la fin du XIXe siècle. Les droits de l'homme sont devenus des droits humains et se posent désormais deux questions : les droits de l'individu sont-ils supérieurs à ceux du groupe ? Comment concilier égalité et liberté ?
En conclusion, l'auteur observe qu'une société internationale s'enracine aujourd'hui du fait d'une triple dynamique :
- la multiplication des problèmes transnationaux devant être assumée en commun ;
- la décomposition de la ligne de séparation entre l'intérieur et l'extérieur : par exemple les problèmes Nord/Sud recoupent à la fois les relations entre États riches et États pauvres ; et des problèmes internes comme la présence d'immigrés et les phénomènes d'exclusion ;
- l'émergence des ONG (organisations non internationales) marque le début d'une vie démocratique internationale.
L'époque des entités souveraines s'achève, mais la fin de ce cycle n'annonce pas la fin des violences mais plutôt leur déplacement. Il faut donc réinventer le politique, redéfinir les concepts clés et d'abord celui de l'État.
Pascal JOLY