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Tous ruinés dans dix ans ? Dette publique la dernière chance - Jacques Attali (01/05/2010)

Fayard - Mai 2010, 263 pages

Jacques Attali part du constat que sauf pendant les années de guerres mondiales, la dette publique n'a pas été aussi élevée avec toutes les conséquences que cela implique.

Pour l'auteur, comprendre les mécanismes de la dette nécessite de retracer son histoire qui est liée à la constitution progressive des États au travers de leur fonction souveraine.

Nous sommes aujourd'hui au bord du gouffre et il est plus qu'urgent de mettre en place une nouvelle architecture financière et un nouveau mode de gouvernance politique que ce soit en France, en Europe ou au niveau mondial.

Cela implique de réduire les dépenses publiques et d'augmenter l'impôt, sinon la dette continuera à augmenter, et nous serons en faillite.
Certes, l'ouvrage envisage « un scénario du pire » mais nous nous en rapprochons chaque jour un peu plus.

Jacques Attali est l'auteur de plus d'une vingtaine d'essais, de biographies, de romans, de pièces de théâtre.

Conseiller du président Mitterrand, il présida aussi la Banque européenne de reconstruction et de développement de 1990 à 1993.

Pour Jacques Attali, l'histoire de la dette publique est aussi celle de la fonction de la constitution souveraine, de ce qui la menace et elle est intimement liée à l'histoire de l'État.

La dette publique s'esquisse tout d'abord comme la dette personnelle du souverain.

C'est par les institutions religieuses chrétiennes, premières collectivités stables, qu'apparait au XIe siècle en Europe la distinction entre l'emprunteur et l'institution qu'il représente.

Avec l'État moderne, se mettent en place les instruments utiles à son expansion et d'abord ceux d'une gestion sophistiquée de la dette : moratoires, inflation, étalement...

À la fin du XIXe siècle, le souverain devient peuple et chacun des souverains devient alors comptable de la dette souveraine sur ses revenus personnels et sur ceux à venir de ses enfants.

Le Premier conflit mondial fait exploser la dette publique de puissances déclinantes.

Avec l'allongement de l'espérance de vie et les premiers systèmes de retraite commencent peu à peu à apparaître une forme de dette souveraine avec l'obligation pour les générations futures de rémunérer ceux qui seront partis en retraite.

À la fin de la Seconde guerre mondiale, la dette publique n'est plus finançable qu'au prix d'une forte croissance et d'une inflation soutenue.

La situation se détériore à la fin des années soixante-dix avec des pays du Sud de plus en plus endettés obligés de recourir à des moratoires de plus en plus fréquents et des pays du Nord dont la faible croissance conduit à un endettement accru.

En 2007, la mondialisation qui met tous les États en relation les uns avec les autres sans aucun contrôle et sans aucun état de droit planétaire, fait converger en une dynamique explosive les mécanismes de toutes les crises de dette souveraine antérieure.

Cela se traduit par une explosion du système bancaire, une prise de conscience du surendettement de l'économie, un transfert des dettes privées des banques sur les États.

Douze leçons peuvent être tirées de cette histoire de la dette quasi millénaire :

-        la dette publique est une créance des générations actuelles sur les suivantes, lesquelles finissent toujours par la payer d'une façon ou d'une autre ;

-        la dette publique peut se révéler très utile à la croissance dès lors que les investissements qu'elle va financer vont augmenter les actifs collectifs dont bénéficieront les générations futures. En revanche, l'emprunt public est injustifié s'il finance des dépenses courantes ;

-        la dette publique encourage les États à créer des instruments financiers nouveaux en faveur des organismes bancaires, qui se retournent ensuite contre lui ;

-        les déficits publics intérieurs et extérieurs sont intimement liés et s'articulent dans le temps ;

-        la dette des États est destinée à augmenter si ceux-ci ne compensent pas la tendance naturelle de leurs dépenses à augmenter plus vite que leurs recettes ;

-        la dette publique est d'autant plus soutenable qu'elle est financée par de l'épargne interne ;

-        les débiteurs tiennent les créanciers autant que ceux-ci croient les tenir. C'est ce que montre l'histoire récente et souvent les créanciers n'ont souvent d'autres solutions pour éviter l'effondrement du système que d'éponger une partie de la dette qui leur est pourtant due ;

-        quand s'annonce une crise générale de la dette publique, les États croient souvent naïvement qu'ils vont s'en sortir grâce à leur situation particulière ;

-        le déclenchement d'une crise de la dette souveraine dépend plus de la perte de confiance subjective des marchés que du dépassement de certains ratios standardisés ;

-        la résorption de la dette souveraine passe par plus d'impôts, moins de dépenses, plus de croissance, plus d'inflation, une baisse des taux d'intérêts, une aide extérieure, voire une guerre ;

-        presque tous les pays endettés finissent saut exception par faire défaut ;

-        tout État responsable doit s'interdire de financer son fonctionnement par l'emprunt et doit limiter ses dépenses d'investissement à ses capacités de remboursement.

Aujourd'hui, le scénario du pire est possible c'est-à-dire la ruine de tous et notamment de l'Occident.

Le déclencheur peut en être la démesure de la dette souveraine qui atteint en moyenne 80 % de leur PIB pour les pays du G20. De plus, l'interdépendance croissante des économies rend les crises modernes plus difficiles à cantonner que dans le passé.

La baisse des recettes fiscales, les plans de relance, une croissance faible, les pertes gigantesques des banques pour une majeure partie encore cachés ou non révélés, l'augmentation des dépenses sociales et de santé... ne peuvent que conduire à une accentuation de l'endettement public si rien n'est fait. Cela peut conduire à la faillite de l'euro voire du dollar avec comme conséquences un retour de l'inflation mondiale et la dépression en Asie qui est pourtant le continent le plus dynamique.

Il nous faut donc trouver un juste niveau de la dette car le problème de la dette n'est pas celui de son remboursement mais de sa « supportabilité » par les États, qui par essence, sont pérennes. Cette dette doit être comparée avec les valeurs des actifs de l'État et ses recettes budgétaires.

Quant à la France, si rien n'est fait rapidement, une crise majeure est inéluctable.

Dès 2015, il lui manquera plusieurs dizaines de milliards d'euros pour payer les dépenses de retraite et d'assurance-maladie.

Nous devons rendre à l'avenir ce que nous lui avons pris en réduisant les dépenses et en augmentant les recettes. Il faut redéfinir notre modèle social en assurant notamment un meilleur partage des dépenses entre public et privé, entre la part « garantie publique » et « assurance privée ». Ce sera l'un des enjeux majeurs des prochaines élections présidentielles.

Il faut aussi instaurer des modèles de gouvernance capables d'éviter les retours aux « mauvaises dettes ». Cela n'implique pas pour autant de renoncer à la croissance car il nous faut absolument financer aujourd'hui les dépenses publiques intéressant les générations futures : infrastructures de mobilité, actifs intellectuels...

Il est aussi nécessaire de donner à l'Europe de véritables moyens financiers en créant des instruments d'emprunt européen, en renforçant le rôle de l'euro par un fédéralisme budgétaire.

Au niveau mondial, une architecture planétaire de la gestion des dettes souveraines s'impose de même qu'une croissance mondiale ordonnée et durable de la richesse.

Jacques Attali rappelle en conclusion que s'endetter, c'est avoir le courage du futur pour échafauder des projets mais c'est aussi se contraindre à épargner pour préparer le meilleur pour les générations à venir.

L'histoire nous montre que toute nation aime, en empruntant, jouer avec son destin et c'est là que se joue la dette publique.



Pascal JOLY

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