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Sacrées vacances : une obsession française - Ted Stanger (01/05/2010)

Flammarion ; 183 pages ; Mai 2010

Partant du postulat que les Français sont les champions du monde des vacances et habitent au pays des congés payés, l'auteur essaie d'analyser avec humour et ironie ce phénomène typiquement hexagonal.

Être Français serait selon lui un boulot à plein-temps ce qui expliquerait que les Français mériteraient des vacances plus longues et plus fréquentes que les autres.

Ted Stanger est un journaliste et essayiste américain.

C'est l'ancien directeur de « Newsweek » à Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme « Sacrés Français ! Un américain nous regarde » ; « Sacrés fonctionnaires ! Un Américain face à notre bureaucratie ».

Pour l'auteur, la France n'est pas seulement le pays de « l'hyper président » mais aussi des « hyper vacances ». Elle serait même en passe de devenir un vaste « Disneyland culturel ».

Les vacances seraient ainsi le lien social le plus solide qui unit les Français qui ont su « sacraliser l'idée de loisir ». Avec le Bac et les soldes, les vacances feraient partie de la tradition jacobine française.

En effet, avec 37 jours de congés annuels, les Français travaillent 1346 heures par an contre 1777 pour les Américains et 2390 pour les Sud-coréens.

Pour l'auteur, le tourisme est cependant, avec les soldes, l'activité la plus abêtissante pour l'homme. C'est même avec les théories sur le réchauffement de la planète, un fléau récent.

Mais que l'on ne s'y trompe pas : pour Ted Stanger, les Américains aiment les Français contrairement aux Britanniques pour qui ils sont des « work shy » (réticents au travail).

Ted Stanger ironise sur les Parisiens qui considèrent leur ville comme la plus civilisée, la plus raffinée et la belle au monde mais qui n'ont qu'une envie, celle de la fuir dès qu'ils peuvent et le plus vite possible.

Ceux qui ne partent pas en vacances sont stigmatisés car considérés comme anormaux et rester à Paris en août serait la pire des choses. Pourtant, aux États-Unis, rester en ville pendant les vacances est récemment devenu tendance : c'est ce que l'on appelle le « staycation » (stay = rester et vacation = vacances).

La France se caractérise aussi par un désamour entre provinciaux et parisiens.

Autre curiosité bien hexagonale : le calendrier scolaire qui rythme la vie de 60 millions de Français et qui rend leur vie si prévisible, si organisée.

Ted Stanger note aussi la propension des Français à se piquer de culture en vacances : « c'est Kant au camping ! ». La France est aussi un pays ou sévit la « festivalité » aiguë dont le paroxysme est atteint avec le festival d'Avignon qui est devenu au fil des ans une grande messe culturelle incontournable où les Français ont l'impression d'élever leur niveau culturel.

Il est vrai que les Français ont offert au monde la notion de musée, « haut lieu de l'art, de la mémoire de la culture ou selon une idée fausse, on peut se cultiver debout ».

Mais ce mariage culture/vacances trahit surtout un léger sentiment de culpabilité compte tenu du nombre de jours de congés possibles en France.

Une question est inévitablement posée : les Français sont-ils fainéants par nature ?

Le terme « RTT » est par exemple intraduisible dans aucune langue car il n'existe nulle part. La France est « la championne de l'absentéisme et des congés ». Les Français ont fait de la paresse un art, ce qu'illustrait déjà la phrase de Goethe : « Heureux comme Dieu en France ». L'inactivité gagnerait sur tous les fronts.

L'auteur avance une explication : cette attitude pourrait trouver son fondement dans les taux d'imposition particulièrement élevés en France pour les revenus élevés combinés avec une politique d'aides sociales de toute nature particulièrement développée qui dés-incite au travail. Les Français s'accrochent aussi à l'idée fausse de leur productivité exceptionnelle, mais cette idée ne résiste pas à l'analyse des statistiques comparées. Dernière explication plausible pour l'auteur : « les Français ne connaissent rien à l'art de se reposer en cours de journée » car les rythmes scolaires sont infernaux et quand les études sont finies, ce sont les patrons qui prennent le relais. Alors qu'aux États-Unis, la journée se termine à 17 heures y compris pour les cadres supérieurs, en France c'est impensable.

Autre source d'étonnement pour l'auteur : les jeunes retraités « alors que les caisses de retraite ont beau chanceler ». La France a « une vieillesse dorée » alors que ses jeunes s'angoissent. Il est vrai que le lobby des seniors est le plus puissant en France qu'ailleurs car seul un tiers des 55-65 ans travaillent. Ce lobby est aussi politique d'autant que son taux de participation aux élections est plus élevé que la moyenne générale. C'est ainsi que beaucoup de seniors optent pour un mode de vie en mouvement perpétuel. La France est le pays où l'on a exploité la retraite comme solution sociale.

Autre paradoxe : première destination touristique mondiale, la France est aussi parmi les dernières en termes d'accueil et d'amabilité.

La France se déchire aussi sur la question du travail du dimanche qui rassemble contre elle sous la même bannière « les syndicats « marxistes-léninistes » et le Vatican ». De même en France, les grèves s'arrêtent avec les vacances.

La valeur « vacances » fait partie en France de l'art de gouverner et les politiques mettent régulièrement en scène leurs vacances.

Les Français sont aussi les champions des résidences secondaires qui sont ainsi un moyen de prolonger leurs vacances même s'ils ne les occupent en moyenne que 44 jours par an.

Alors le « modèle français » est-il exportable ? Ted Stanger ne le croit pas même s'il s'interroge sur le fait de savoir si le mode de vie français n'est-il pas après tout celui qui présidera à l'avenir.

Pascal JOLY

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