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« Comment changer sans renier ses engagements ? »

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Interview

Dans L'État pyromane, Olivier Ferrand et les auteurs de la Fondation Terra Nova décryptent les échecs de Nicolas Sarkozy, symbolisés par la Berezina des régionales. Il s'interroge sur la stratégie à adopter par le président de la République pour satisfaire les attentes contradictoires des droites qu'il avait réussi à séduire en 2007.

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La Lettre du Cadre Territorial numéro 399 (15 avril 2010)

Un article de M Stéphane Menu


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Olivier Ferrand
est diplômé d'HEC, ancien élève de Sciences Po et de l'ENA. En août 2009, il a été  nommé rapporteur adjoint de la commission Juppé-Rocard sur le grand emprunt 2010.
Il est délégué général de la fondation Terra Nova
et a coordonné le livre L'État pyromane.


Comment un think tank progressiste comme le vôtre envisage-t-il de s'inscrire dans la dynamique du débat politique ?

Les think tanks sont nés aux États-Unis dans les années 70 à une époque où les démocrates dominaient l'agenda intellectuel du pays. Pour riposter, les républicains ont créé des premiers lieux de réflexion intellectuelle autour de l'action politique. Quelques années plus tard, ce travail enfantera Ronald Reagan. Les démocrates ont alors décidé de réagir et le recours aux think tanks y est aujourd'hui généralisé. Ces lieux de réflexion sont arrivés en Europe en 1999. La succession des ruptures idéologiques - crise du communisme, puis du libéralisme - impose une réflexion de fond, réactive, à modéliser en permanence. Terra Nova a permis de connecter un écosystème républicain de gauche, de tirer le meilleur de certains chercheurs, comme Thomas Piketty ou Éric Maurin, ou de structures comme La République des idées, de Pierre Rosanvallon ou encore l'École économique de Paris.


Les collectivités territoriales sont-elles des lieux de production audacieux d'idées nouvelles ?

Je suis moi-même élu dans les Pyrénées et je constate tous les jours à quel point certaines initiatives locales de proximité mériteraient d'être généralisées. Malheureusement, ce lieu n'existe pas. C'est pour cette raison que nous avons décidé de mettre un observatoire des politiques locales au sein de Terra Nova pour mettre en avant des actions qui mériteraient d'être dupliquées.


Vous ne cachez pas votre positionnement à gauche. Quels sont vos liens avec le Parti socialiste ?

Nous travaillons avec ceux qui le souhaitent, à partir du moment où nous épousons les mêmes objectifs. Notre indépendance financière est complète. Nous sommes là pour contribuer à l'enrichissement du débat, seul le fond nous intéresse. La clé de notre succès, c'est notre indépendance.


Peut-on constater l'échec du Sarkozysme sans verser dans l'anti-Sarkozysme systématique ?

Ce livre répond à un des objectifs de notre fondation progressiste : apporter une vision critique des politiques publiques. C'est un peu notre rapport annuel de la Cour des Comptes. Il est vrai que la critique négative domine. Mais ce travail de décryptage nous pousse aussi à saluer certaines options prises par le président de la République. Par exemple, sur le grand emprunt, sur la politique d'investissement, sur la régulation financière internationale, il serait idiot de nier le fait que la France a joué un rôle moteur sur le plan international. Notre analyse est intermédiaire, elle consiste à pointer, derrière les contre-feux allumés par le président, la première tentative de rupture idéologique de la droite depuis 1945. L'objectif de Nicolas Sarkozy est de rompre avec le conservatisme. L'échec de l'UMP aux élections régionales s'explique essentiellement par le refus de l'électorat de centre-droit de cautionner cette inclinaison.


Quelle est la nature de cette rupture ?

Elle s'attaque essentiellement au modèle social français. La gauche se trompe en essayant de faire croire que cette rupture est de nature exclusivement ultralibérale. Le grand projet de Nicolas Sarkozy est d'installer un modèle social méritocratique. La réforme fiscale en apporte la preuve éclatante, 30 milliards d'euros par an ont été retirés à 5 % des ménages les plus aisés de France. La méritocratie relève d'une formule simple : si vous ne réussissez pas, c'est de votre faute !
Une deuxième caractéristique marque cette rupture : le débat sur les minima sociaux. On a introduit dans l'esprit collectif des Français un virus anti-assistanat. On nous fait croire que les plus faibles sont bien mieux protégés ici qu'ailleurs, c'est faux ! Les minima sociaux n'ont pas augmenté en France depuis 15 ans, la moyenne des aides sociales aux ménages en difficulté constitue 40 % du revenu médian français, alors que la moyenne européenne est à 60 % ! Les minima sociaux sont deux fois plus élevés en Allemagne et en Angleterre ! Il est d'ailleurs étonnant que cette réalité ne soit pas plus martelée par la gauche.


Le bouclier fiscal a été décidé en affichant la volonté de garder à l'intérieur de nos frontières des richesses nationales happées par d'autres pays plus attractifs sur un plan fiscal. Cet objectif a-t-il été atteint ?

Non. Les grosses fortunes n'investissent pas plus en France qu'avant le bouclier fiscal. L'évasion fiscale se poursuit. La compétition internationale au moins-disant fiscal est d'ailleurs délétère. Mais il faut reconnaître que la lutte contre la concurrence fiscale progresse lentement à l'échelle planétaire. Avec la crise, nous disposons d'une bonne fenêtre d'opportunité pour agir. La Grande-Bretagne et les USA ont augmenté la tranche supérieure des impôts de 40 à 50 %. Pas la France...
Le boucler fiscal est au c½ur de l'engagement politique du président de la République, sa fidélité avec la droite orléaniste : avec moi, vous paierez moins d'impôts, vos intérêts seront mieux sauvegardés... En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi un exploit électoral, celui de réunir toutes les droites. Il se trouve aujourd'hui confronté à une contradiction insoluble, la nécessité du changement de cap politique en reniant ses engagements. Pour l'heure, il fait le choix du durcissement, avec une communication autour de la burqa, par exemple, mais rien sur le terrain où il est attendu : concilier les modèles social et économique français... 


 

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