537 pages ; Babel ; Octobre 2010
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Publié aux États-Unis sous le titre Poor people, l'ouvrage de William T. Vollmann a pour objectif de mener une enquête approfondie sur la pauvreté dans le monde, non pas de manière scientifique ou académique mais en s'appuyant sur des entretiens, en multipliant les expériences, les contacts... « Pourquoi êtes-vous pauvres ? », telle est la question posée à toute une série de personnes tant en Russie, au Japon, aux États-Unis, au Kenya, au Mexique, qu'en Thaïlande, etc. Cela donne un livre particulièrement dense en termes de témoignages, illustré par une série de photos particulièrement réalistes. Peu de solutions sont réellement avancées afin de lutter contre la pauvreté et celles qui sont exposées sont assez utopiques. Cela illustre bien les limites de ce document au-delà de son aspect enquête au plus près du terrain... |
William Tanner Vollmann est un écrivain et journaliste américain né en 1959.
Parmi ses ouvrages les plus connus : « Les Nuits du papillon » (1999) ; « 13 histoires et 13 épitaphes » (1999) ; « Central Europe » (2007) ; « Le Livre des violences » (2009)...
Comme l'indique l'auteur en liminaire, le but de l'ouvrage n'est pas d'expliquer la pauvreté en fonction d'un système, « ni même d'ériger un monument proche du Capital[1] dans le cimetière des pensées pillées » mais de regarder la pauvreté de l'extérieur en allant questionner un certain nombre de personnes dans le monde « dont les conditions de vie présentent un degré de banalité permettant les généralisations ».
Les réponses diffèrent selon les régions mais, à part quelques exceptions, William T. Vollmann observe que « les protagonistes de ce livre ne sont pas des désespérés » ce qui lui permet de reprendre à son compte l'affirmation du philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862) selon laquelle « la plupart des hommes mènent une vie de désespoir tranquille ».
L'ouvrage propose aussi en introduction un court lexique destiné à donner une forme de grille de lecture au lecteur
Est ainsi défini comme « pauvre » : celui « qui n'a pas ou désire ce que j'ai ; malheureux dans sa propre normalité ».
Est en revanche « riche » : celui « qui se satisfait de sa normalité, et raisonnablement capable de l'appréhender ».
« Le marché », c'est « ce que les marxistes désignaient autrefois par l'expression de cash nexus -l'échange économique. De façon plus générale, une idéologie de classement et d'évaluation de toute chose en fonction de sa valeur monétaire perçue ».
« La normalité », ce sont « les divers contextes dans lesquels on devrait étudier la pauvreté relative, le bien-être individuel et autres abstractions du même genre... La normalité peut tenir de l'insuffisance, du désarroi, de la surabondance ou de nombreux autres états ».
« La communauté » est « un rêve. Nous ignorons parfois que nous le faisons avant de nous en éveiller ».
La première partie de l'ouvrage est consacrée à la définition de la pauvreté.
L'auteur tente en effet d'élaborer sa définition de la pauvreté en allant interroger différents protagonistes dans plusieurs pays (Thaïlande, Japon, Chine, Russie...).
De ces contacts, il en déduit que mieux qu'une définition, une série de mots permet de cerner la pauvreté : invisibilité, difformité, rejet, dépendance, vulnérabilité, douleur, indifférence...
Son objectif n'est pas de savoir combien de personnes relèvent de ces différentes catégories mais de mettre en lumière différentes « dimensions de la pauvreté ».
La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée à l'analyse des différents mots permettant de définir la pauvreté.
Pour l'auteur, l'invisibilité renvoie beaucoup à la condition des femmes et au voile.
Quant « au caractère repoussant et effrayant d'une existence difforme », il permet de favoriser la séparation entre riches et pauvres. Ces derniers sont d'ailleurs rejetés quand les riches n'ont plus besoin d'eux. Et derrière la dépendance, il faut voir l'exploitation.
La vulnérabilité est quant à elle une cause et une conséquence de la pauvreté. La douleur, c'est celle de la faim qui est associée à la pauvreté. L'indifférence permet de s'adapter.
Pour l'auteur, « nous sommes aujourd'hui confrontés à une série de choix ».
Il pense comme le théoricien marxiste Samir Amin que le juste prix d'un produit doit ainsi inclure non seulement la juste rémunération des producteurs et des vendeurs mais aussi le remboursement des frais d'amortissement de sa régénération.
Il estime que capitalisme et communisme sont des échecs et qu'une voie médiane comme le socialisme à la suédoise est peut-être possible.
Pour William T. Vollmann « les solutions existent » : il faut mettre en place « une croissance pro-pauvres » ayant comme objectif le plein-emploi, l'égalitarisme, le respect de l'environnement, une agriculture raisonnée, le développement technologique. Il faut aussi une nouvelle gouvernance avec une mondialisation mieux maîtrisée, l'effacement de la dette des pays pauvres, des instruments de résolution des conflits, donner un rôle plus important aux Nations Unies.
Il faut aussi plus d'aide mais il faut aussi qu'elle soit mieux répartie.
Les pauvres font parfois peur mais celui qui a peur, n'est-ce pas finalement parce qu'il pense qu'il est riche ?
Pascal JOLY
[1] De Karl Marx .