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IdéesLes classes moyennes sont dans tous les discours et au centre de toutes les préoccupations. Mais de quoi et de qui parle-t-on ? Comment évoluent-elles ? Régis Bigot livre un portrait captivant de classes moyennes qui ne se réduisent ni ne s'appauvrissent pas, mais dont les budgets sont singulièrement plus contraints. La Lettre du Cadre Territorial numéro 400 (1er mai 2010) |
Un article de M Julien Damon
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Fins de mois difficiles pour les classes moyennes
Régis Bigot,
La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2010, 200 pages, 19 euros.
Les classes moyennes sont dans tous les discours et au centre de toutes les préoccupations. Mais de quoi et de qui parle-t-on ? Comment évoluent-elles ? Régis Bigot livre un portrait captivant de classes moyennes qui ne se réduisent ni ne s'appauvrissent pas, mais dont les budgets sont singulièrement plus contraints.
Fin connaisseur également des bases Insee, Régis Bigot propose sa partition de la société, en tranches de 10 %. Les « pauvres » disposent mensuellement (pour une personne seule) de moins de 780 euros. Suivent les « modestes », avec moins de 1 120 euros. Les classes moyennes (30 % de la population) « inférieures » dépassent ce seuil et se trouvent sous un plafond de 1 750 euros. La limite pour les classes moyennes « supérieures » (20 % de la population) est à 2 600 euros. Les « aisés » se situent entre 2 600 euros et 3 010 euros.
Au-dessus, on trouve les 10 % de « hauts revenus ». L'auteur précise que les Français considèrent que l'on est riche à partir de 4 660 euros de revenus mensuels (ce qui, en termes de niveaux de vie, concerne 3 % de la population). Régis Bigot présente la célèbre et discutée « courbe en U », qui consiste à décrire un système sociofiscal favorable aux deux extrêmes de la distribution des niveaux de vie. Les plus aisés bénéficient des réductions d'impôts ; les plus défavorisés des revenus d'assistance. Au centre, les classes moyennes seraient, relativement, délaissées.
Bigot soutient qu'il n'y a ni déclin, ni paupérisation des classes moyennes. La France se distingue en effet dans la zone OCDE par le resserrement de la distribution des revenus autour de la moyenne. Par ailleurs, le niveau de vie médian est passé de 1 220 euros par mois en 1996, à 1 384 euros en 2005. Des conditions de vie améliorées et un pouvoir d'achat croissant n'empêchent pas une morosité plus prononcée. Régis Bigot l'explique par le déclassement des jeunes et
par la précarisation de l'emploi. Surtout, il avance une explication en termes de « dépenses contraintes » (celles qui, chaque mois, ne peuvent être arbitrées). Rassemblant les remboursements d'emprunts, les impôts directs, les dépenses d'assurance et de logement, elles pèsent un poids significativement plus grand maintenant. Exposées plus frontalement à l'augmentation des prix, dans l'immobilier principalement, les classes moyennes (notamment inférieures) ont l'impression, fondée, de disposer de moins d'argent en fin de mois.
Cet ouvrage didactique, au titre plus pessimiste que son contenu, pourrait paraître austère avec sa centaine de graphiques et sa centaine de notes, en seulement 200 pages. Il n'y a cependant pas seulement déluge de données, mais un panorama clair de la société française. Et il permet à chacun de se situer...