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LeaderProfesseur de droit constitutionnel à l'université Paris XI de Sceaux, Jean-Pierre Dubois, 58 ans, est président de la Ligue des droits de l'homme. La LDH dresse, dans son État des droits de l'Homme en France 2010 (Édition La Découverte), le portrait d'une justice « bafouée », « dure aux faibles » mais « paralysée face aux puissants ». Elle s'inquiète de la "pénalisation des conflits sociaux" La Lettre du Cadre Territorial numéro 400 (1er mai 2010) |
Un article de M Stéphane Menu
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Professeur de droit constitutionnel à l'université Paris XI de Sceaux,
Jean-Pierre Dubois, 58 ans, est président de la Ligue des droits de l'homme.
La LDH dresse, dans son État des droits de l'Homme en France 2010 (Édition La Découverte), le portrait d'une justice « bafouée », « dure aux faibles » mais « paralysée face aux puissants ». Elle s'inquiète de la « pénalisation des conflits sociaux ».
On ne dit pas la vérité aux Français sur la sécurité depuis plus de trente ans et le vote, en 1975 au Sénat, de la première loi sécurité et liberté. Une seule question mérite d'être posée : la réponse à l'insécurité doit-elle être pénale ou s'attaquer aux raisons sociales de la violence ? Nicolas Sarkozy a le mérite des formules claires : expliquer l'insécurité, c'est excuser, a-t-il laissé entendre. Il n'y a pas à chercher à comprendre. C'est la pensée zéro. Nous pensons tout le contraire. Comprendre la désocialisation, la création des ghettos est aujourd'hui une impérieuse nécessité.
Je peux concevoir que le seul horizon d'un homme politique soit sa réélection. Il n'existe aucun mandat étalé sur quinze ans. C'est pourtant le temps qu'il faudrait pour traiter le mal de la violence à la racine. Les élus font généralement preuve de démagogie : ils font croire que la seule réponse ferme permet de faire reculer l'insécurité. L'augmentation des violences sur les personnes prouve le contraire. Et la population devrait finir par comprendre que plus de répression ne débouche pas sur moins d'insécurité.
On annonce en permanence des plans Marshall, qui mobilisent des moyens financiers peu élevés. Ces dernières années, on a supprimé 80 % des éducateurs. Plus profondément, le modèle de société proposé est parfaitement intégré par les dealers dans les cités. Enlevons le fait que le produit vendu soit illicite... Pour le reste, le dealer est un symbole de l'individualisme marchand que nous avons créé et promu. Ne pas avoir une Rolex à 50 ans, c'est avoir raté sa vie, a déclaré récemment un conseiller du président. La boucle est bouclée. Sous la gauche, dès les années quatre-vingt, l'argent est devenu un symbole de réussite, avec Bernard Tapie pour incarnation.
Nous avons lancé une campagne intitulée « Urgence pour les libertés ». Nous avons organisé une centaine de réunions publiques. Nous allons lancer dans un second temps un pacte pour la citoyenneté que les futurs candidats aux élections présidentielles seront invités à signer, comme Nicolas Hulot l'avait fait pour l'écologie.
Nous sommes confrontés à l'absence d'un projet alternatif crédible au tout répressif. À nous de le rendre concret... Un exemple : plus aucune sortie de prison sèche ! Tout le monde sait qu'une sortie de prison non préparée favorise grandement la récidive. À Toulouse, la police de proximité avait fait un travail remarquable. Sa suppression a fragilisé le travail de sécurité. Faut-il que les policiers jouent au foot avec les gamins, pour reprendre le reproche de Nicolas Sarkozy ? Oui, un petit peu, puisque le travail relève d'une approche éducative. Il est important de souligner que la violence est insupportable pour les victimes. On nous traite d'angéliques, nous répondons que nous sommes réalistes. Il n'y a pas plus de violence qu'il y a quarante ans. Elle est liée à la désocialisation et à l'individualisme roi. C'est en travaillant sur ce segment de la société que l'insécurité reculera...