Éditions Indigène ; 32 pages ;Décembre 2010
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Cet ouvrage de Stéphane Hessel est aujourd'hui en tête des ventes de livres en France. Cet opuscule court et percutant se lit en effet rapidement et veut démontrer que notre monde va mal, qu'il souffre d'une sorte de fuite en avant et qu'il est temps de réagir. Or réagir, c'est s'indigner comme lors des grandes heures de la Résistance et de la Libération. Stéphane Hessel appelle à une « insurrection pacifique » mais sans vraiment définir ses modalités et ses moyens. Il se limite en fait à poser un constat mais sans vraiment livrer d'esquisses de solutions. |
Né en 1917 à Berlin, Stéphane Hessel est un ancien diplomate français.
Résistant pendant la Seconde guerre mondiale, il est arrêté et déporté à Buchenwald.
Il participe à l'élaboration de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Il exerce aussi les fonctions d'ambassadeur de France à l'ONU et dans différents pays.
Parmi ses ouvrages : Danse avec le siècle en 1997 ; Dix pas dans le nouveau siècle en 2002 ; Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité en 2002 ; Citoyen sans frontières, conversations avec Jean-Michel Helvig en 2008.
Pour l'auteur, tout « le socle des conquêtes sociales de la Résistance est aujourd'hui remis en cause », ce qui est assez paradoxal car la production de richesses a très largement augmenté depuis la Libération et l'État ne peut donc affirmer qu'il ne peut plus aujourd'hui assurer le coût de ces mesures citoyennes.
Le problème vient en fait de ce que le pouvoir de l'argent n'a jamais été aussi grand, que la course à la compétition et à l'enrichissement est encouragée alors que l'écart entre les plus riches et les plus pauvres n'a jamais été aussi grand.
Or, « le motif de base de la Résistance était l'indignation ».
Pour Stéphane Hessel, les jeunes générations doivent aujourd'hui prendre le relais et s'indigner. Il ne faut pas en effet se laisser impressionner par « la dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie ». Nous devons nous engager au nom de notre responsabilité de personne humaine. Et la pire des attitudes serait l'indifférence même si les motifs d'indignation paraissent aujourd'hui moins évidents qu'il y a soixante ans. Mais il existe dans notre monde interconnecté et interdépendant de réels motifs d'indignation.
À cet égard, deux grands défis sont aujourd'hui à relever :
- l'immense écart entre les plus riches et les plus pauvres qui ne cesse de croître et qui est une innovation récente puisqu'elle n'apparaît qu'au XXe siècle ;
- les droits de l'homme et l'état de la planète : si la déclaration des Nations unies de 1948 spécifie que les droits de l'homme sont universels et non internationaux, c'est sous l'impulsion de René Cassin car il souhaitait leur donner une dimension supranationale pour dépasser la souveraineté des États qui se livreraient à ces crimes contre l'humanité.
Stéphane Hessel mentionne deux articles de la Déclaration de 1948 qu'il trouve aujourd'hui essentiels : l'article 15 selon lequel « tout individu a droit à une nationalité » et l'article 22 selon lequel « toute personne a droit à la Sécurité sociale ».
Même si notre monde ne le réjouit pas tous les jours, Stéphane Hessel relève néanmoins « quelques motifs de satisfaction » :
- d'une part, la création de nombreuses Organisations non gouvernementales (ONG), de mouvements sociaux comme Amnesty International et ATTAC qu'il juge performants et agissants car pour agir aujourd'hui il faut travailler en réseau et utiliser les moyens modernes de communication ;
- d'autre part, les importants progrès effectués depuis 1948 comme la décolonisation, la fin de l'Apartheid, la destruction de l'empire soviétique, la chute du Mur de Berlin...
Mais il estime que les dix dernières années ont été, contrairement aux années quatre-vingt-dix, une période de recul dont il estime les présidences de Georges Bush en partie responsables : la guerre en Irak est un désastre, l'aide aux pays en voie de développement n'a pas progressé, les discussions sur le réchauffement climatique sont dans l'impasse... Pour lui, l'Occident procède à une sorte de fuite en avant et il regrette que ni Barack Obama, ni l'Union européenne n'aient à ce jour essayé en s'appuyant sur leurs valeurs fondamentales de démarrer une nouvelle phase constructive.
Une des principales sources d'indignation de l'auteur est aussi la Palestine, la Cisjordanie et la bande de Gaza (qu'il qualifie de prison à ciel ouvert) car ce conflit est en lui-même la source même d'une indignation. Pour lui, le terrorisme palestinien s'explique par une forme d'exaspération qui est un déni d'espoir. Il estime ainsi que la non-violence comme la conciliation des cultures différentes sont l'avenir car la violence est antinomique avec l'espoir et il faut éviter de laisser accumuler trop de haine. Pour cela, il faut se fonder sur les droits dont la violation quel qu'en soit l'auteur doit conduire à l'indignation.
Stéphane Hessel défend in fine une conception hégélianiste de la société : l'Histoire est faite de chocs successifs. L'histoire des sociétés progresse et au bout du compte, l'homme ayant atteint sa liberté complète, nous avons un État démocratique dans sa forme idéale.
Pascal Joly