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Être français, les quatre piliers de la nationalité - Patrick Weil (01/01/2011)

Collection L'Aube - L'urgence de comprendre , 36 pages, Janvier 2011

Cet ouvrage a été initialement publié dans Le Monde du 24 août 2010.

Patrick Weil s'attache dans une première partie à définir ce qui constitue selon lui les quatre piliers fondamentaux de la citoyenneté française, ce sentiment commun d'appartenance à une nation qui relie l'ensemble des citoyens : le principe d'égalité, la mémoire de la Révolution française, la langue française et la laïcité.

Dans la seconde partie de l'ouvrage, il estime que ces quatre principes sont actuellement malmenés par le pouvoir actuel en s'appuyant sur quelques exemples comme la burqa.

On regrettera cependant le caractère partiel de l'analyse et le caractère peu étayé qui fait fi de la situation à laquelle est confrontée la France, comme les pays européens, en terme d'immigration clandestine.

Né en 1956, Patrick Weil est un historien et politologue réputé.

Il est actuellement directeur de recherche au CNRS.

Parmi ses thèmes de recherche, l'histoire de l'immigration en France.

Il a également fait partie de la commission Stasi sur l'application du principe de laïcité et du Haut conseil à l'intégration.

En ce qui concerne ses ouvrages les plus connus, on peut citer : La France et ses étrangers : l'aventure d'une politique de l'immigration de 1938 à nos jours (1991) ; Qu'est-ce qu'un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution (1982) ; L'esclavage, la colonisation et après... : France, États-Unis, Grande-Bretagne (2004) ; La République et sa diversité, immigration, intégration, discrimination (2005) ; Liberté, égalité, discriminations. L'identité nationale au regard de l'histoire (2008).

Patrick Weil rappelle en préambule de son livre que si tout Etat-nation se réfère à une géographie, à une histoire, et au sentiment de partager par le lien de la nationalité avec les autres citoyens un destin commun, ces traits communs conduisent souvent au nationalisme le plus absurde : « Les traits communs à tous les Etats-nations ne disent pas les valeurs et les croyances qui, traduites dans des institutions et des politiques, symbolisent la spécificité de chacun ».

Pour l'auteur, quatre piliers constituent le code sociopolitique de la France et sont une référence.

Ils sont le produit de l'histoire et ont résisté aux changements de gouvernement, de Constitutions, de régimes politiques.

C'est tout d'abord le principe d'identité. Ce principe permettait l'identification en France des provinces conquises. Il fut renforcé et transformé sous la Révolution française et s'inscrit désormais dans les dispositions les plus importantes du Code civil qui, de par sa pérégrinité, est devenu la Constitution matérielle de la France comme le précisent les travaux du grand juriste Jean Carbonnier. C'est, par exemple, l'égalité devant la succession de tous les enfants qu'ils soient garçons ou filles.

La langue française obligatoire depuis 1539 est aussi un instrument d'unification culturelle du royaume puis de la République. De façon complémentaire, « l'école pour tous » a été un formidable « outil d'émancipation » qui, sous la IIIe République notamment, a consolidé le sentiment d'appartenance à une nation commune : le sentiment d'un destin commun né d'une nationalité partagée.

Nous partageons aussi, comme les Américains, une mémoire positive de la Révolution ce qu'aucun autre peuple d'Europe ne possède. Cette mémoire constitue une approche positive des mobilisations de masse. La Révolution française ne doit pas ainsi être considérée comme un processus de transformation sociale mais comme une œuvre de transformation de la conscience politique et de redécouverte de la citoyenneté.

C'est enfin la laïcité, définie en 1905, qui repose sur trois principes : la liberté de conscience, la liberté de culte et la séparation de l'Église et de l'État.

Ces piliers représentent l'indifférenciation (ou l'assimilation) à laquelle chacun aspire dans certaines situations autant que le respect à la différenciation dans d'autres.

C'est pourquoi ces piliers ont suscité l'adhésion car ils ont souvent été mis en œuvre dans le respect de la diversité des Français et dans un souci d'équilibre.

Pourtant, dans une France plus diverse, l'adhésion au principe de laïcité est très élevée et le sentiment d'appartenance à une nation plus fort que partout ailleurs en Europe même s'il ne faut nier les tensions liées à quelques communautarismes qui traduisent la primeur donnée aux lois du groupe par rapport à celles de la République.

Nous avons aussi la chance que les valeurs de notre République sont universelles et provoquent par voie de conséquence une quête légitime d'égalité de traitement qui nécessite parfois des ajustements. C'est donc un nécessaire travail d'inclusion qu'il faut mener.

Or, pour l'auteur, les choix faits depuis 2007 ne vont pas dans le bon sens et sèment la confusion.

L'exemple de la Burqa est pour lui significatif car son interdiction de l'espace public favorisera les intégrismes qu'elle est censée combattre.

Patrick Weil dénonce aussi la création du ministère de l'Immigration et de l'Intégration car il estime que celui-ci apporte de trop nombreuses restrictions à l'acquisition de la nationalité.

Il déplore que le travail de mémoire partagée et de recherche sur la colonisation reste à faire, dont la France n'a selon lui rien à craindre.

Il conclut en rappelant que c'est la tâche des dirigeants d'un pays de faire vivre les valeurs universelles.

Pascal Joly

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