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Un petit coin de paradis - Alain Minc (01/03/2011)

Grasset - essai, 150 pages, Mars 2011

Pour Alain Minc, l'Europe a perdu sa fierté alors qu'elle a su développer un véritable modèle dont l'exemplarité en termes de valeurs de liberté, de justice, de démocratie, d'équilibre est incontestable.

L'ouvrage légèrement utopiste décrit une Europe laïque quasi idyllique qui serait un paradis des libertés contrairement aux États-Unis qui ont dérivé vers de mauvaises directions depuis la fin de la Guerre froide.
L'Europe serait « un animal sartrien sont l'existence précède l'essence ».

Au total, Alain Minc prône l'avènement de « l'homo europeanus ».

Né en 1949, Alain Minc sort major de l'ENA et intègre l'Inspection générale des Finances.

Il rédige avec Simon Nora un célèbre rapport sur l'informatisation de la société et introduit à cette occasion le néologisme « télématique ».

Il poursuit ensuite sa carrière dans le secteur privé tout en publiant régulièrement de nombreux ouvrages comme « Français, si vous osiez » ; « La mondialisation heureuse » ; « Les Prophètes du bonheur : une histoire personnelle de la pensée économique » ; « Une histoire de France, Grasset » ; « Une histoire politique des intellectuels »...

De « sujet de l'histoire », l'Europe est devenue « objet de l'histoire » car elle a perdu sa fierté : elle se sait en déclin démographique, en recul économique et ne souhaite plus s'incarner en modèle de la société.

Pourtant son modèle en termes de libertés, de justice, de démocratie et d'équilibre est exemplaire et mériterait d'être valorisé dans un monde qui ne va pas contrairement à ce que l'on pourrait penser, vers l'uniformité de la globalisation.

Sur le plan des libertés, l'Europe peut ainsi prétendre à l'exemplarité en matière de liberté d'expression ce qui n'est plus le cas des États-Unis, pourtant fille aînée de l'Angleterre de l'habeas corpus et du Bill of Rights.

A l'appui de sa démonstration, l'auteur prend quelques exemples comme la peine de mort aujourd'hui proscrite définitivement en Europe contrairement aux États-Unis qui n'y ont jamais renoncé ; la politique répressive avec un taux de population carcérale de 738 pour 100 000 habitants aux États-Unis contre une moyenne de 90 pour l 'Union européenne ; le débat sur la torture avec la délocalisation et la sous-traitance de la torture aux États-Unis à Guantanamo sans compter le Patriot Act ; la liberté des m½urs qui peut se juger par la place faite à l'homosexualité dans une société ; la liberté de la vie et de la mort avec un droit à l'avortement de plus en plus contesté outre-Atlantique alors que l'Europe progresse vers la légalisation de l'euthanasie contrôlée ; l'immigration avec une Europe qui accueille le plus grand nombre d'immigrés légaux et de demandeurs d'asile.

L'Europe va ainsi vers plus de libertés ce qui est la caractéristique d'une société de plus en plus individualiste mais... elle n'en est pas consciente.

Lorsque l'on se place sur le terrain des religions, l'on constate que l'Europe est un espace de tolérance en peine sécularisation. Elle est devenue une terre laïque mais saura-t-elle résister à l'irruption brutale de l'Islam car cette religion refuse la séparation entre ses propres normes et les règles politiques ? Les États-Unis se caractérisent quant à eux par la dictature du « politiquement et du religieux corrects ».

L'Europe est aussi une terre de démocraties exemplaires alors que « les États-Unis appartiennent en termes de machine électorale au tiers-monde. Les États-Unis se vautrent dans la compromission financière même s'ils vivent dans un halo de conservatisme et de bonne conscience ».

Il existe de fait une certaine éthique politique européenne avec une montée en puissance des cours constitutionnelles notamment en France avec l'introduction récente des questions prioritaires de constitutionnalité.

En termes économiques, l'écart n'est pas non plus en train de s'agrandir entre l'Europe et les États-Unis.

Le vrai débat est ailleurs : l'économie doit viser un équilibre entre compétitivité d'une part et protection, efficacité, égalité d'autre part... Les États-Unis ont d'ailleurs tendance à confondre social-démocratie et économie sociale de marché. Mais la survie du modèle économique européen exige un surcroît d'efficacité face à la montée des pays émergents.

L'Europe est aussi exemplaire en termes d'écologie politique. Elle n'a cessé à cet égard de faire « cavalier seul » et de montrer l'exemple. À cet égard, l'Europe est le meilleur militant de la gouvernance mondiale pas seulement d'ailleurs dans le domaine de l'écologie mais aussi dans l'aide au développement, dans les droits de l'homme. Elle se veut multiréaliste car son propre modèle de gouvernance a été construit sur l'expérience d'une gouvernance communautaire à l'échelle du continent européen. L'Union européenne est ainsi née de l'idée d'un partage de la souveraineté ce qu'il faudrait mettre en place à l'échelle du G20 et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Mais tout cela relève parfois du « miracle quotidien ». L'Union européenne est un « OVNI institutionnel » aux lourds processus de décision (Pacta sunt servanda[1]) d'autant que la chute du Mur de Berlin a fait perdre à l'Europe la maîtrise de son espace géographique. S'affrontent en permanence lourdeur des mécanismes institutionnels et principe de réalité notamment en période de crise ou de tensions.

Aujourd'hui, les Européens ne cessent de déchanter depuis la victoire de Barack Obama car ils espéraient retrouver en lui l'Amérique qu'ils aimaient. Or, les valeurs partagées entre Amérique et Europe s'éloignent alors que leurs intérêts économiques convergent. C'était exactement l'inverse au moment de la Guerre froide.

Les États-Unis restent l'allié de dernier ressort mais nous les sentons plus fragiles et moins rassurants. Tout cela contribue à augmenter notre solitude d'autant que la Russie n'a pas changé (elle est plus orientale qu'occidentale) et que la Chine appartient politiquement à un autre système solaire.

L'Europe serait un agneau parmi les loups qui pense coopération quand les autres pratiquent la compétition, qui parle de morale quand les autres pratiquent le cynisme.

C'est pourquoi, il faut défendre en priorité l'européanité de nos entreprises stratégiques en veillant à ne pas être dans tous les domaines « le marché le plus ouvert à tous les vents ».

L'Europe devra aussi pour l'avenir maîtriser son immigration choisie compte tenu de son déficit démographique comme elle devra dominer son espace économique et universitaire.

L'Europe est de plus en plus homogène mais force est de constater que sa traduction politique est de plus en plus aléatoire.

Pascal JOLY


[1].   Les conventions doivent être respectées.

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