Champ actuel - 249 pages - Septembre 2011
|
Pour l'auteur, l'Occident est aujourd'hui à la croisée des chemins. Longtemps il a dominé le monde, imposé ses valeurs... Or, aujourd'hui la désoccidentalisation du monde a commencé et l'Occident est en crise. Face à cette situation, il y a urgence : il faut définir un autre modèle reposant sur quatre grands concepts (égalité, identité, réciprocité, vérité) et il faut réinventer la France ce qui suppose de réinventer la nation. L'auteur livre dans ce livre une vision assez pessimiste d'un monde en voie de transformation dans lequel l'Occident perdrait peu à peu sa place parce qu'il est trop sûr de sa supériorité, parce qu'il n'a pas su s'adapter. Seul problème, les solutions qu'il propose restent trop utopiques... |
Hakim El Karoui est un ancien élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et agrégé de géographie.
Conseiller technique du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il est ensuite le conseiller chargé des « études et prospectives » du ministre des Finances, Thierry Breton.
Il est l'auteur de L'avenir d'une exception, pourquoi le monde a encore besoin des Français
Il exerce aujourd'hui dans une grande banque d'affaires.
Il a enfin créé le club du XXIe siècle.
Pour l'auteur, la désoccidentalisation du monde a commencé.
Cette désoccidentalisation traduit le fait que l'Occident se vide de lui-même de sa puissance, de son dynamisme, de sa capacité à réguler le monde. La désoccidentalisation, c'est en fait la fin d'un monde organisé selon les valeurs occidentales. C'est une anomie (1) à la fois politique, économique, identitaire.
Par voie de conséquence, l'Occident est devenu un problème pour le reste de l'humanité : la guerre en Irak menée au nom du Bien contre le Mal a créé une crise diplomatique qui a ébranlé le Moyen-Orient sans apporter de solutions ; la crise économique occidentale, qui est d'abord une crise de la demande, fait craindre le pire ; la crise climatique née de la croissance de l'Occident depuis deux siècles engendre catastrophes sur catastrophes sans que quiconque soit capable d'imposer « un nouvel ordre climatique mondial ».
Ces crises sont nées d'un sentiment de surpuissance de l'Occident : surpuissance militaire, idéologique, économique mais aussi surpuissance du moment.
Or, l'on voit aujourd'hui arriver les crises de l'impuissance car l'Occident est aveuglé par la fin de ses monopoles et souffre de l'inefficacité de ses institutions.
Qu'est-ce que l'Occident d'ailleurs ?
C'est une géographie clairement définie avec en son centre l'Europe et les États-Unis entourés d'une périphérie plus floue (l'Amérique latine, la Russie...).
C'est aussi une Histoire faite d'espérances et de tragédies.
C'est enfin une réalité idéologique : droits de l'homme, démocratie, liberté individuelle, esprit critique, économie de marché...
L'Occident est à l'évidence en crise et ce sur plusieurs registres
Sur le plan des valeurs car longtemps il incarna la chrétienté. Or, il est aujourd'hui le continent le plus athée ce qui implique qu'il perd progressivement ses valeurs identitaires.
Il est aujourd'hui ébranlé, dépourvu de ses idéaux : c'est pourquoi, il recherche des coupables et le monde musulman a été désigné comme tel depuis le 11 septembre 2011 car il faut toujours trouver un bouc émissaire.
Sur le plan économique car les puissances émergentes et notamment la Chine le menacent aussi car elles ont repris son modèle mercantile en le développant à l'excès grâce à leur effet de taille. De plus, l'Occident est aveugle car hypnotisé par la Chine dont il ne sait pas percevoir le protectionnisme et l'absence de demande intérieure. À l'évidence, l'Asie n'est pas un modèle d'avenir pour l'Occident et la Chine s'effondrera par l'excès d'investissements et par la montée de ses tensions sociales et salariales.
Au niveau de sa propre cohésion sociale car les inégalités se développent dans les pays de l'Occident ce qui a notamment pour conséquence que pour la première fois, les classes moyennes sont menacées : ce phénomène est grave car susceptible de remettre en cause le modèle occidental.
Il faut pour l'auteur « réinventer la France » ce qui implique de réinventer la nation.
Il est aussi nécessaire d'inventer une nouvelle régulation commerciale s'appuyant sur la demande intérieure et la production, en donnant une nouvelle compétitivité à l'économie européenne ce qui impose une nouvelle régulation. Il faut aussi réformer la fiscalité notamment en changeant la répartition des revenus entre capital et travail.
Pour Hakim El Karoui, nous sommes aujourd'hui dans une période similaire à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Il nous faut réguler le commerce international à l'échelle européenne.
Mais, force est de constater que l'Europe est, contrairement à la France du XIXe siècle, décentralisée, peu légitime et dotée d'un pouvoir central faible.
Autre difficulté majeure : alors que les vrais sujets majeurs sont de niveau européen, il existe un hiatus avec un système d'élections qui est resté national. La légitimité démocratique européenne n'existe pas.
Pourtant, il y a urgence de (re)construire un système identitaire européen reposant d'une part sur la définition d'un intérêt général européen que la divergence des économies accentuée par l'euro a mise à mal ; il faut d'autre part construire un ensemble régional cohérent et fort face à la mondialisation des grandes économies.
Mais définir un intérêt général européen suppose d'en définir les contours : qu'est-ce qui est bon pour l'Europe ? Telle est la question essentielle notamment au niveau des choix en termes de régulations financière et commerciale, monétaire.
Il y a aussi urgence à définir ou s'arrête l'Europe ce qui renvoie à la question turque à qui il faut donner une réponse rapide qu'elle soit favorable ou non.
Une nouvelle voie doit s'ouvrir pour l'Occident s'il veut survivre.
Elle repose sur quatre concepts :
L'égalité nécessaire pour accepter les changements du monde. Cela implique que l'Occident doit accepter de n'être que l'égal du reste du monde, ni plus ni moins.
Cela veut aussi dire, être prêt à s'ouvrir aux non-occidentaux. Mais l'égalité, c'est aussi l'égalité des intérêts et des valeurs.
La vérité pour que l'Occident ne se mente plus à lui-même ce qui suppose la transparence.
La réciprocité pour qu'il ne contraigne plus mais suggère : il s'agira de produire une norme universelle dans laquelle chacun se retrouve ce qui permettra par ailleurs de créer les vraies conditions d'un dialogue international.
L'identité enfin pour que les valeurs qu'il représente soient désirées et non plus imposées. L'Occident de demain ne doit pas être une forteresse mais doit se concevoir comme un ensemble qui défend des principes fondamentaux forts dans lesquels chacun se retrouve.
À cet égard, la Chine est le laboratoire privilégié dans l'application de ces quatre concepts. Elle est en effet la chance de l'Occident car elle peut lui faire comprendre sa faillite économique, morale et politique.
Le monde, l'Europe doivent vite s'organiser car le pire n'est jamais sûr.
Il faut aussi construire une France tournée sur le monde et non sur elle-même ayant les intérêts de ses valeurs et non les valeurs de ses intérêts.
(1) L'anomie est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social.
Pascal Joly