Fiche Vu / Lu pour vous

Carrières Publiques : Préparations aux concours de la fonction publique
Accueil > S'informer > Actualités > Vu / Lu pour vous > Le commerce des promesses - Pierre-Noël GIRAUD

Le commerce des promesses - Pierre-Noël GIRAUD (01/10/2011)

LE COMMERCE DES PROMESSES
Petit traité sur la finance moderne
Point-Économie
Octobre 2011
401 pages


Alors que l'Europe est frappée de plein fouet par une crise financière sans précédent trois à peine après la crise des « subprimes » de 2008, cet ouvrage se penche sur la finance globale de marché et ses conséquences.
Pour l'auteur, si la finance globale de marché n'est pas régulée, nous allons au-devant de difficultés majeures.
La question reste cependant de savoir qui peut la réguler sans compter, et s'il est encore possible de la réguler.

Pierre-Noël Giraud est ancien élève de l'École polytechnique et de l'École des Mines de Paris où il enseigne l'économie. Il enseigne également à Paris-Dauphine.
Il a notamment publié « L'inégalité du monde » en 1996 ; « La mondialisation. Émergences et Fragmentations » en 2008.
Ses sujets de recherche recouvrent principalement les questions de globalisation et d'inégalités, la croissance urbaine, les ressources naturelles...


Pour l'auteur, la finance n'est qu'un « commerce de promesses » car l'on n'est jamais sûr qu'une créance sera honorée, de même que l'on n'est jamais sûr de s'enrichir suite à une transaction.
La finance est en effet un lieu où se confrontent des visions de l'avenir, où les acteurs n'agissent qu'en fonction d'anticipations.
La finance ne fait que vendre contre de la monnaie, un droit sur une part de richesse qui sera produite dans le futur. Elle organise jusqu'à leur échéance la revente de ces droits et leur circulation. Or, il y a une nette différence entre la sphère de la production qui correspond au réel et la sphère financière qui reste quelque peu virtuelle.

Face à ce constat, il est intéressant de se pencher sur les thèses développées par les différentes écoles économiques. Or, celles-ci ne sont cependant pas d'accord sur les conséquences de la globalisation financière et selon l'approche adoptée (libérale, keynésienne, marxiste), les réponses peuvent différer.

Pour Pierre-Nöel Giraud, l'une des principales caractéristiques de la finance est de transférer de la richesse dans le temps en l'augmentant, ce qui suppose que cette richesse soit investie en engendrant une augmentation de la production. À défaut, les acteurs économiques auraient plutôt intérêt à thésauriser ou à acquérir, comme il l'écrit, « des tableaux de maître ».
Il s'intéresse aussi à une autre problématique : celle de la retraite car elle est aussi un transfert de richesses dans le temps dans la mesure où, en cotisant régulièrement, un actif se prive d'une consommation immédiate. À cet égard, faut-il privilégier les systèmes de retraite par répartition ou par capitalisation ? Les premiers subiront le choc démographique qui frappera les pays occidentaux au début du XXI° siècle, mais ils restent cependant plus égalitaires que les seconds qui reposent d'abord sur une logique individuelle.

Les prix des actifs financiers fluctuent aussi en fonction de comportements spéculatifs autour d'une « valeur fondamentale » qui est déterminée par des facteurs objectifs issus de l'économie réelle. Les « bulles spéculatives » se produisent ainsi quand les prix du marché s'éloignent des prix réels.
Pourtant l'économie s'est construite comme une science dont le modèle est la physique : l'un de ses principes de base est que les acteurs économiques sont des automates aux comportements prévisibles et stables dans le temps. Cela favorise la prévision économique mais celle-ci rencontre ses limites dans le domaine financier car il est impossible de déduire le prix des actifs financiers d'autres variables économiques.
À cet égard, la monnaie est centrale dans les rapports entre la finance et le reste de l'économie.
La monnaie a pour caractéristique qu'elle est le seul objet économique qui puisse être échangé contre n'importe quel autre instantanément. C'est un moyen de paiement, une unité de compte et une réserve de valeur. L'État doit réguler la création monétaire par l'encadrement du crédit. Le problème est que depuis 1945, les États ont mené une politique monétaire très favorable à la croissance, ce qui entraîné un gonflement du volume des droits financiers en excès de la richesse future.
Par ailleurs, la libre circulation des capitaux c'est-à-dire la possibilité pour l'épargne constituée par un pays d'être investie en titres libellés dans une autre monnaie, représente une transformation majeure de ces dernières années dans le domaine de la finance. Cela a conduit notamment à des crises de change fréquentes. À cet égard, il convient de rappeler qu'un taux de change est déterminé par trois facteurs : l'équilibre de la balance commerciale, le solde des investissements directs et celui des mouvements de « capitaux mobiles ».
La libéralisation et la globalisation financière ont été voulues par les gouvernements occidentaux et notamment les États-Unis : d'une logique de cloisonnement, nous sommes passés à une logique de plus grande liberté, ce qui conduit à un système financier dominé par une finance de marché globale intrinsèquement instable et qui transmet cette instabilité à l'économie en général.
Allons-nous vers un nouveau capitalisme dominé par une pure logique financière, où la propriété des entreprises deviendra de plus en plus un actif liquide, où la rentabilité à court terme sera privilégiée par rapport à la croissance et l'emploi ? Pour l'auteur, la réponse est clairement oui.
C'est pourquoi, depuis plus de vingt ans, chaque crise majeure déclenche des débats sur la nécessité de réformer le système monétaire et financier international. Force est en effet de constater l'existence d'un risque systémique croissant dans la finance du marché globale. Toute la question est dans l'arbitrage à rendre entre l'importance des risques pris par le système financier international et la vigueur de la croissance économique. Mais seule une coordination des politiques économiques des grands pays permettra d'éviter le retour à une crise du type de celle de 2008. La globalisation financière a en effet rendu les politiques étatiques interdépendantes mais de manière inégale et dissymétrique.

En conclusion, l'auteur rappelle que la finance est constitutive de tout capitalisme.
Mais la finance repose sur une illusion : celle qui consiste à croire que l'on peut transférer de la richesse de manière sûre dans le temps. Or, l'avenir est contingent, sans compter que la finance a tendance à créer des droits en excès sur la richesse future. Les crises financières apparaissent d'ailleurs quand se produit une brusque modification des visions majoritaires de l'avenir.
Problème : la finance de marché globale ne peut fonctionner sans crises financières et ces crises financières sont porteuses de conflits de répartition qui peuvent être violents.
Que peuvent alors encore faire les États ?
Techniquement beaucoup, mais politiquement, leur tâche sera de plus en plus délicate car il devient de plus en plus dur de prendre les décisions économiques.

Pascal Joly

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Sur votre agenda

CAP recherche formateur rurbrique agenda
 

Publicité

 

Publicité