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IdéesRelations et ambiance de travail dégradées. Désaffection, stress, suicides. Grands écarts entre théories et réalités. Rien ne va plus dans le monde professionnel. Éloigné des manuels de prêt à manager, un collectif, dirigé par Pierre-Éric Tixier, fait le point sur la science et la pratique des ressources humaines. Les RH, en tension, sont aussi un amortisseur de crise. La Lettre du Cadre Territorial numéro 413 (15 décembre 2010) |
Un article de M Julien Damon
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Ressources humaines pour sortie de crise
Pierre-Éric Tixier (dir.), Paris, Presses de Sciences Po, 2010,
Relations et ambiance de travail dégradées. Désaffection, stress, suicides. Grands écarts entre théories et réalités. Rien ne va plus dans le monde professionnel. Éloigné des manuels de prêt à manager, un collectif, dirigé par Pierre-Éric Tixier, fait le point sur la science et la pratique des ressources humaines. Les RH, en tension, sont aussi un amortisseur de crise.
Les ressources humaines et leur gestion (GRH) peuvent-elles concourir à la sortie de crise ? C'est ce sujet qui a été posé à des chercheurs reconnus, lauréats ou finalistes du prix RH Sciences Po/Syntec Recrutement/Le Monde. Et leurs réponses, variées, sont positives.
Les RH seraient, comme tout le reste, en crise. Seize plumes d'économistes (Bernard Gazier), de sociologues (Serge Guérin) ou de praticiens (Nicolas Flamant) reviennent sur les fondamentaux. Soutenant des propositions diverses, parfois divergentes, ils relèvent un décalage entre les savoirs établis et les pratiques. Ils constatent une inefficacité structurelle des RH pour atténuer désinvestissement et mauvaise ambiance.
Notant que la crise financière est aussi une crise de RH (avec des rémunérations disproportionnées attachées à des risques démesurés), ils critiquent une gestion des RH désincarnée, diluée dans des tableaux de bord. S'écartant de la vision psychologisante des nouveaux troubles du travail, les contributions appellent à un recentrage de la fonction RH sur la qualité des relations et des coopérations entre individus. En termes de football, il s'agit de jouer collectif.
On tirera de ces textes courts et clairs de judicieuses informations et observations sur le sous-travail (thème d'investigation de François Dupuy), les aspirations à faire prévaloir la vie privée, l'absence de plaisir au bureau ou encore les vertus de l'actionnariat salarié. Si l'on met de côté un étrange développement (inspiré de Lacan) sur la « désymbolisation organisationnelle », on trouve avec ce livre un bon tour d'horizon des mutations du travail et des organisations.
On goûtera particulièrement les analyses sur l'individualisation et la psychologisation des rapports sociaux (et économiques) dans l'entreprise. Et, en réponse, on s'intéressera aux réserves sur les impasses contemporaines de la « fléxisécurité » ainsi qu'aux nouvelles réflexions et propositions sur les transitions. L'idée-force est que la formation professionnelle, véritablement construite pour tous les âges de la vie, permette des transitions utiles entre les diverses périodes d'activité. En un mot (anglais), il s'agit de passer d'une logique « make work pay » (que le travail soit rémunérateur) à une logique peut-être plus ambitieuse encore « make transition pay » (que les périodes de transition soient utiles !).