La Documentation française, juin 2008, 350 pages.
Un Livre blanc est un document de référence qui définit pour une période donnée les objectifs d’une politique publique, le cadre dans lequel elle s’exerce et les grands choix qu’elle appelle. La rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale résulte d’une initiative prise par le chef de l’État en juillet 2007, le précédent Livre blanc datant de 1994. Ce document vise prioritairement à formuler une stratégie globale de défense et de sécurité nationale actualisée à l’horizon 2025 tenant en compte des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la population française et des intérêts nationaux.
La rédaction du Livre blanc a été confiée à une commission d’une trentaine de membres présidée par Jean-Claude Mallet, conseiller d’État et ancien secrétaire général de la Défense nationale, faisant largement appel à des hauts responsables militaires, des personnalités de la société civile, incluant des représentants des assemblées. Ce travail a aussi été l’occasion d’un large débat national au travers d’auditions publiques, de consultations, d’échanges avec les principaux partenaires européens et internationaux, de forums sur Internet.
Pourquoi un nouveau Livre blanc ?
Parce que notre stratégie globale de défense actuelle s’appuie sur un document déjà ancien alors que les inflexions profondes intervenues en matière de stratégie de défense et de questions géopolitiques nécessitaient une réflexion nouvelle sachant que dans le même temps, la politique européenne de défense et de sécurité s’est renforcée en se dotant d’un certain nombre de structures nouvelles tandis que nos engagements opérationnels sont aussi l’occasion de réfléchir à l’adaptation de nos capacités aux réalités des engagements modernes.
Un périmètre de réflexion élargi
Contrairement aux Livres blancs précédents (1972 et 1994), le périmètre a été élargi à la sécurité nationale car il est nécessaire d’inclure dans les réflexions une approche précise des notions de sécurité et de défense, pour en déduire le rôle et les relations des différents ministères concernés. Certains grands pays comme l’Allemagne, le Canada ou la Russie ont d’ailleurs fait le choix d’un concept global associant défense et sécurité. Par ailleurs, notre politique de défense et de sécurité s’inscrit désormais dans un cadre européen, transatlantique et international ce qui implique de prendre en compte cet environnement complexe à travers la définition des menaces et l’évolution de nos alliances et des accords de défense qui en découle. Il s’agit en effet pour la France de peser dans les organisations qui oeuvrent en faveur de la paix et de la sécurité internationale et de répondre aux obligations découlant de son statut de membre permanent du Conseil de sécurité.
Cinq grandes fonctions stratégiques
Pour le Livre blanc, la stratégie de sécurité nationale s’appuie désormais sur cinq grandes fonctions stratégiques : la connaissance et l’anticipation, la prévention, la dissuasion, la protection et l’intervention. Parmi celles-ci, la première doit être érigée en priorité, car elle doit garantir l’autonomie de décision et nous permettre de conserver l’initiative stratégique. La dissuasion nucléaire demeure un fondement essentiel de la stratégie nationale. La protection reste au coeur de la stratégie de sécurité nationale en raison de l’apparition des nouvelles vulnérabilités auxquelles la population et le territoire français sont directement exposés. Les capacités de prévention des conflits et d’intervention seront à l’avenir concentrées sur un axe géographique prioritaire, allant de l’Atlantique à l’Océan indien, tout en prenant en compte les besoins de sécurité en Afrique et dans la zone Antilles-Guyane.
Une nécessaire complémentarité entre l’Union européenne (UE) et l’Alliance Atlantique
Le Livre blanc souligne la complémentarité entre l’UE et l’Alliance Atlantique et propose des objectifs concrets pour une Europe de la défense. Il préconise une pleine participation de la France aux structures de l’OTAN à l’exception du Groupe des plans nucléaires. La France consacrera à sa défense un effort financier important, d’environ 2 % du PIB. Ainsi, l’effort de défense sera maintenu.
Un effort de défense cohérent
Il est à la fois nécessaire d’améliorer la disponibilité des équipements les plus utilisés en opération et de lancer des programmes liés au renseignement et à la préparation de l’avenir. Le nouveau format des armées sera déterminé à partir des objectifs opérationnels retenus par le gouvernement en liaison avec la révision générale des politiques publiques ce qui se traduira par une diminution des effectifs de 54 000 personnes sur six à sept ans. L’armée de Terre comptera 131 000 militaires et civils, la Marine 44 000 et l’armée de l’air 50 000. Parallèlement, le nombre d’implan - tations territoriales sera réduit ce qui permettra de générer des économies qui seront réinvesties pour augmenter principalement l’effort d’équi - pement et améliorer la condition du personnel. Un Conseil de défense et de sécurité nationale sous présidence du chef de l’État sera créé et le rôle du Parlement sera renforcé, notamment en ce qui concerne l’intervention des forces françaises dans des opérations extérieures et la politique en matière d’accords de défense. Enfin, le Livre blanc rappelle que l’adhésion de la Nation est la condition de l’efficacité de la Défense nationale.
PASCAL JOLY