Armand Colin, janvier 2008, 157 pages.
Pascal Boniface est le directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Il est l’auteur de nombreux ouvrages de géopolitique et notamment un Manuel de relations internationales en 1994. La France est-elle encore une grande puissance ? en 1998 ; Le Monde contemporain : grandes lignes de partage en 2003.
L’ouvrage de Pascal Boniface vise à répertorier toute une série de certitudes, souvent hexagonales, qui nous abusent. Face à la réalité des faits, ces certitudes ne sont pas toujours avérées. Cinquante assertions sont ainsi traitées (l’auteur a dû faire des choix), la plupart appartenant au domaine de la géopolitique ou des relations internationales. Peuvent être ainsi cités l’hypothèse d’un conflit entre les États-Unis et la Chine, la prolifération nucléaire, le principe de souveraineté et la protection des tyrans, la place de la France au niveau international… D’autres thèmes sont aussi abordés comme les médias et l’opinion, le réchauffement climatique, le progrès dans le monde.
Selon l’auteur, nous sommes confrontés à un monde de plus en plus complexe ce qui peut engendrer deux tentations :
- celle qui consiste à renoncer à le comprendre et à laisser à quelques spécialistes une certaine forme de monopole de l’interprétation ;
- celle de l’extrême simplification au travers de grilles de lecture binaires : bien/mal, amis/ennemis, nous/les autres…
Pour Pascal Boniface, les idées reçues sont d’autant plus enracinées que ceux qui les véhiculent le font en étant totalement convaincus du bienfondé de leurs arguments, qui ont par ailleurs tout à fait l’apparence du vraisemblable.
L’ouvrage examine successivement une série d’idées reçues dont la plupart ont trait au domaine des relations internationales mais dont certaines recoupent un certain nombre de débats de société actuels. Concernant ce dernier point, deux fiches sont particulièrement intéressantes à citer :
- « C’est vrai, je l’ai lu dans un livre ». Le livre est en effet le symbole du savoir et de sa transmission mais les livres ne sont pas des textes neutres et même les sujets d’apparence les plus objectifs (techniques, scientifiques…) peuvent abriter des thèses engagées. Les manuels d’histoire sont significatifs car ils reflètent l’idéologie nationale au moment où ils ont été rédigés. Pascal Boniface conseille au lecteur d’exercer son esprit critique en s’intéressant à qui écrit, d’où écrit-il et pourquoi écrit-il.
- « Il n’y a pas de valeurs universelles » ce qui impliquerait que chaque civilisation a ses propres valeurs et que la volonté d’imposer des valeurs universelles serait une manoeuvre sous-jacente pour imposer les valeurs occidentales voire chrétiennes. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 contredit pour Pascal Boniface cette assertion car elle vise à justement définir un idéal commun et non négociable à atteindre pour tous les peuples tout en préservant la diversité culturelle des nations.
En ce qui concerne le champ de la géopolitique, trois fiches méritent d’être particulièrement examinées :
- « Le 11 septembre a changé le monde » ce qui impliquerait que les attentats du 11 septembre ont marqué un tournant stratégique qui nous a fait entrer dans l’ère du terrorisme global. Pour l’auteur, on confond l’apparence spectaculaire et terrifiante de ces événements avec leur impact réel sur l’ordre mondial car ni la structure des relations internationales, ni les rapports de force entre grandes puissances n’ont été modifiés par le 11 septembre. Il estime d’ailleurs que le 9 novembre (1989) qui a marqué la chute du Mur de Berlin a été plus important car il a marqué la fin d’un monde bipolaire.
- « L’islam est incompatible avec la démocratie ». Cette affirmation repose en fait sur deux erreurs de perspective : la première qui consiste à assimiler monde musulman et monde arabe alors que l’Asie compte trois fois plus de musulmans que les pays arabes ; la seconde qui consisterait à considérer le conflit israélo/arabe comme un conflit entre une démocratie (Israël) et des dictatures (les pays arabes).
- « Il n’y a plus de frontières » car la globalisation les aurait gommées rendant ainsi les enjeux territoriaux mineurs. Pour l’auteur, même si les distances ont été raccourcies et qu’aucun état ne peut vivre aujourd’hui en autarcie (sauf peut-être la Corée du Nord), il est difficile de parler de fin des frontières car la délimitation des territoires reste encore la source principale de la plupart des conflits ; parce que si les déplacements touristiques ont été favorisés, les migrations économiques deviennent plus complexes. Frontières, états, territoires sont donc toujours pertinents pour comprendre les relations internationales au XXIe siècle.
PASCAL JOLY