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La présence culturelle de la France aux États-Unis pendant la guerre froide (1944-1963) - Laurence Saint-Gilles (01/10/2007)

L’Harmattan, octobre 2007, 286 pages.

Laurence Saint-Gilles est agrégée et docteur en histoire. Elle enseigne l’histoire des relations internationales à l’université de Paris IV.

Depuis les années quatre-vingt, les relations et échanges culturels font pleinement partie du domaine de l’histoire des relations internationales car l’action culturelle contribue à façonner un milieu favorable à la réalisation des buts de la politique extérieure, ce que les experts qualifient de « pouvoir doux ». L’ouvrage de Laurence Saint-Gilles s’attache à analyser notre politique culturelle vis-à-vis des États-Unis, pays à l’égard duquel nous étions le plus dépendant après 1945, en rétablissant quelques vérités.

Contrairement à certaines idées reçues, on n’assiste pas après 1945 à une domination culturelle américaine unilatérale sur l’Europe : la France va maintenir une présence active et développer une politique culturelle efficace visant à chasser la perception américaine d’un déclin français.

Jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale, la France exerce une influence internationale fondée sur la croyance en l’universalisme de sa culture et de son message historique humaniste. Ce messianisme français est cependant mis à mal par la défaite de 1940 et la période de la collaboration qui entraînent une forme de doute sur la capacité de la France à exprimer un discours original.
Les États-Unis estiment de leur côté qu’ils ont leur propre message à délivrer au monde et sont persuadés de la valeur universelle des principes fondateurs de leur démocratie. L’exportation du modèle américain est par ailleurs facilitée par leur statut de vainqueur, la mise en place du plan Marshall, la diffusion de produits de consommation et de biens culturels de masse ce qui rend leur domination culturelle envisageable.
Cet état de fait ne pouvait que contribuer au « choc de ces deux messianismes » qui explique par ailleurs bien des heurts entre les deux puissances. La France a pourtant besoin de l’aide économique des États-Unis pour assurer sa reconstruction, ce qui suppose de recueil lir l’accord de l ‘opinion publique américaine notamment par une politique culturelle active, car celle-ci oriente largement le vote du congrès.

La politique culturelle française aux États-Unis va connaître plusieurs évolutions :

- l’année 1947 représente un tournant majeur car en acceptant l’aide du plan Marshall, la France choisit son camp aux côtés des Américains et devient le pivot sur le vieux continent de la propagande américaine. La France veut ainsi apparaître dans l’opinion américaine « comme le bastion avancé de l’endiguement » ;

- les années « IVe République » (1947- 1958) se traduisant par une politique culturelle reposant sur la diffusion de la langue et de la pensée française auprès de la jeunesse américaine. Il s’agit de renouer avec un mouvement francophile ancien fondé non plus sur l’amitié exclusive des élites acquises à la culture française mais sur les forces vives de la société américaine c’est-à-dire les masses et les jeunes ;

- enfin, les années « de Gaulle » (1958- 1967) verront se développer une politique culturelle plus ambitieuse qui vise à rendre à la France son rôle historique mondial en brisant la politique des blocs et en renforçant son indépendance nationale.

Quel bilan tirer de ces vingt années de politique culturelle française aux États-Unis ?

Un bilan plutôt positif car la France a réussi à conquérir au prix d’une politique cohérente malgré les nombreux obstacles matériels et linguistiques, les difficultés politiques, une position dominante en devenant « la culture étrangère dominante aux États-Unis » selon l’écrivain américain, Thomas Bishop même si toute tentative d’évaluation générale d’une politique culturelle en fonction de ses objectifs se heurte à des obstacles quasi insurmontables compte tenu du caractère aléatoire et immatériel de ces objectifs. Concernant l’établissement de liens d’amitié entre les deux pays, on constate tout d’abord que l’opinion publique américaine a globalement évolué vers un sens favorable à la France. En revanche, au niveau de la diffusion de la culture et de la langue françaises, les résultats sont plus contrastés même si la langue française, avec 1 300 000 élèves dans le primaire et le secondaire, reste la langue étrangère la plus étudiée après l’espagnol. Le rayonnement de la culture française dans les collèges et universités américains, les centres culturels permet aussi de mesurer le travail accompli par les services culturels. La France continue ainsi à occuper la toute première place dans l’influence culturelle américaine grâce à cet investissement continu depuis la fin de la Seconde guerre mondiale car ce n’est pas en terme de rentabilité immédiate mais à moyen voire à long terme que l’on doit jauger une politique culturelle. Le combat pour la présence culturelle française aux États-Unis n’a donc en réalité jamais cessé ; il a même repris avec une nouvelle vigueur depuis les années quatre-vingt même s’il est nécessaire de renouveler les générations et de montrer que la France est « une terre de création internationale ouverte sur l’Europe » car aujourd’hui l’influence des Derrida, Deleuze, Lacan est rejetée outre-Atlantique.

PASCAL JOLY

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