Fiche Vu / Lu pour vous

Carrières Publiques : Préparations aux concours de la fonction publique
Accueil > S'informer > Actualités > Vu / Lu pour vous > Nouvelles mythologies sous la direction de Jérôme Garcin

Nouvelles mythologies sous la direction de Jérôme Garcin (01/09/2007)

Éditions du Seuil, septembre 2007, 192 pages.

Jérôme Garcin est directeur du service culturel du Nouvel Observateur, animateur de l’émission littéraire « Le masque et la plume » sur France Culture et auteur de plusieurs livres et romans comme La chute de cheval, Bartabas, Les soeurs de Prague...

S’inscrivant dans la lignée de Mythologies publié par Roland Barthes en 1957, le livre de Jérôme Garcin s’attache à dresser un portrait de la société française en ce début de millénaire, du plus sérieux (le 11 septembre 2001, l’euro, le commerce équitable, les délocalisations …) au plus drôle (les bobos, les people, le phénomène Ducasse).

Son livre est constitué d’une petite soixantaine de chroniques rédigées autour de la notion de mythe, par des écrivains, des historiens, des philosophes, des économistes, des psychanalystes. Pascal Bruckner, Claude Lanzmann, Patrick Rambaud, Serge Raffy, Philippe Sollers, Boris Cyrulnik, Bernard Pivot, Catherine Millet, Jacques-Alain Miller, Jacqueline Rémy pour n’en citer que quelquesuns parmi les plus connus, se sont livrés respectivement à cet exercice en proposant chacun un thème qu’ils considéraient symbolique et significatif des mythes de notre temps.

L’ouvrage s’inscrit en fait dans la lignée de celui publié en 1957 par le grand sémiologue et écrivain, Roland Barthes, dans lequel il décrivait des mythes aussi différents que la DS Citroën, le visage de Greta Garbo, le Tour de France ou encore les détergents. Roland Barthes définissait le mythe comme une parole, un système de communication, un message lié à une certaine société dans un moment bien précis de son histoire. Mais, pour lui, mythologie rimait aussi avec idéologie car « le mythe réalise les croyances ».

Pour Jérôme Garcin, Roland Barthes est un « moraliste flaubertien » qui mythifie si bien ce qu’il dénonce que l’on peut relire aujourd’hui ses textes qui ont tant marqué une génération comme des objets de mémoire par prétérition. Parmi les cinquante-sept mythes décrits par Roland Barthes en 1957, un seul trouve encore sa place aujourd’hui dans l’ouvrage Nouvelles mythologies : c’est l’abbé Pierre que Patrick Poivre d’Arvor qualifie de quasi saint laïc qui mérite encore sa place dans l’iconographie nationale. Certains des mythes décrits dans l’ouvrage méritent que l’on s’y attarde.

Pierre Assouline et l’écrivain Michel Houellebecq


Pour Assouline, Houellebecq est un symptôme à lui tout seul, le reflet d’une certaine société française déboussolée par la crise et les nouveaux temps et exaltée par la technologie.

Jacques Attali et les 35 heures

À supposer que la durée du travail mesure le niveau de progrès social, l’ancien conseiller de François Mitterrand estime que l’on peut « se demander si le travail se partage comme les tartes aux pommes » d’autant que l’on doit se poser une autre question : pourquoi avoir choisi 35 heures, pourquoi pas 34 ou 36 ? La vraie question pour Jacques Attali est en fait celle des heures vraiment libres, sans obligations, sans contraintes.

Marc Augé et « le mythe du 20 heures »


Le sociologue, Marc Augé, nous explique que tout rite est sous-tendu par un mythe. En l’occurrence, « le mythe du 20 heures » c’est le récit du monde, un récit sans fin où les mêmes personnages ne cessent de se manifester. Dans ce récit, le présentateur joue un rôle de médiateur qui va donner une représentation ambiguë de la factualité.

Nicolas Baverez s’intéresse quant à lui au mythe du plombier polonais symbole de la mondialisation d’une Europe libérale ; le philosophe, Frédéric Beigbeder revendique le droit à la liberté du secret face à la diffusion massive du GPS ; Philippe Delerm nous interpelle sur le téléphone portable qui « installe l‘urgence sous le regard des autres » et qui fait qu’il n’y a plus de vie où il ne se passe rien !

Certes les thèmes traités sont d’inégal intérêt (l’ipod, le sushi, le 4x4, le botox par exemple), et l’on peut s’interroger sur certains choix qui peuvent relever de la provocation (le corps nu d’Emmanuelle Béart, le tailleur de Ségolène…) mais certaines pages du livre sont de haute tenue. C’est le cas de la chronique de l’écrivain Patrick Grainville sur le voile. Pour lui, le voile théâtralise le corps de la femme en le cachant et nous renvoie à deux mythologies : le maintien du port favorise l’hystérie spectaculaire et le voile montre car il rehausse ce qu’il vêt.

La journaliste Aude Lancelin nous livre aussi une réflexion intéressante sur le déclinisme qu’elle qualifie d’idéologie de l’ère post-idéologique, de spleen baudelairien qui attend tout de l’extase économique comme son double honni, le progressisme.

Denis Jeambar déplore que la pensée unique soit devenue la certitude en action et la négation de la réflexion. Elle utiliserait selon lui toutes les ressources du conservatisme et notamment la morale, la prétention de détenir la vérité, et le recours à la diabolisation ce qui se traduit par la victoire de l’esprit de monopole au sein d’une société « prisonnière des dictateurs à penser et à vendre qui ont pris le contrôle de la théâtralité publique et de la machine à désirs ».

L’écrivain Thierry Pech explique que les sondages aident « les sociétés sans Dieu à rendre plus supportable le mystère de leur propre identité ». Les sondages auraient en fait une fonction prospective mais aussi introspective.

PASCAL JOLY

Télécharger le fichier joint (pdf, 182.05Ko)

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Sur votre agenda

CAP recherche formateur rurbrique agenda
 

Publicité

 

Publicité