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Une brève histoire de l'avenir - Jacques Attali (01/01/2007)

Fayard, janvier 2007, 423 pages.

Jacques Attali est auteur de plus d’une vingtaine d’essais, de biographies, de romans, de pièces de théâtre. Conseiller du président Mitterrand, il présida aussi la Banque européenne de reconstruction et de développement de 1990 à 1993.

S’appuyant sur le constat de l’histoire du capitalisme mondial depuis l’époque médiévale, Jacques Attali extrapole sur ce que pourrait être l’histoire du monde dans les cinquante prochaines années. Pour lui, c’est le triomphe de l’ordre marchand qui s’annonce, avec sa forme la plus achevée : « l’hyperdémocratie ».

L’ouvrage se divise en deux grandes parties : une histoire du capitalisme jusqu’à nos jours et une projection par rapport aux cinquante prochaines années car « c’est aujourd’hui que se décide ce que sera le monde en 2050 ».

Depuis que les premières sociétés humaines se sont constituées, trois pouvoirs ont toujours existé : le religieux, le militaire et le marchand. Mais aux empires militaires, s’est progressivement substitué un ordre marchand qui « parle la langue unique de la monnaie » et s’organise autour d’un centre où se rassemble une classe créative d’entrepreneurs. Cet ordre marchand a connu à ce jour neuf formes successives avec, à chaque fois, une ville coeur : Bruges, Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Boston, New York et Los Angeles.
Or, la fin de la neuvième forme, celle qui caractérise l’empire américain, s’annonce aujour - d’hui et c’est là que commence l’histoire de l’avenir.

Onze puissances économiques et politiques émergeront dans les prochaines années (le Japon, la Chine, l’Inde, la Corée, l’Indonésie, la Russie, le Canada, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Brésil, le Mexique) mais l’Asie dominera car les deux tiers des échanges commerciaux se feront à travers le Pacifique et la production des pays asiatiques représentera plus de la moitié de la production mondiale.
L’agriculture deviendra de plus en plus industrielle, la vitesse des innovations s’accélérera dans un monde où sévira l’ubiquité nomade, grâce au développement des NTIC. L’urbanisation croissante, les migrations internationales, la demande exponentielle d’énergie conduiront à des catastrophes naturelles avec, notamment, la sécheresse et la pénurie en eau douce. La seule vraie rareté sera le temps, car le temps destiné à la production et aux travaux ménagers diminuera même si le temps de transport s’allonge.

La question est donc de savoir si un dixième centre émergera : pour l’auteur, ce nouveau coeur reposera sur un très grand port, ou aéroport, maîtrisant les réseaux de commerce du monde et pourrait se situer sur la côte ouest des USA. Mais rien n’est moins sûr, car les USA seront fatigués et un autre centre pourrait émerger dans les pays scandinaves, en Australie, ou autour de Tokyo.
L’apparition de ce nouveau centre marquera aussi une certaine « fin de l’histoire », car l’ordre marchand deviendra polycentrique et conduira vers 2050 à la création de « l’hyperempire » quand l’ordre du monde s’unifiera autour d’un marché planétaire sans États.
Cet « hyperempire » entraînera cependant un « hyperconflit », qui permettra la naissance d’une « hyperdémocratie » planétaire, mais qui sera contrebalancé par une « hypersurveillance », favorisée par le développement des nanotechnologies avec le risque de la fin de la liberté au nom des libertés.
Les entreprises dominantes seront des ensembliers réunissant les modules fabriqués par des sous-traitants et leur forme la plus achevée sera celle des « entreprises hypernomades », qui auront vocation à diriger « l’hyperempire ».
Les victimes de ce nouveau système seront les « infranomades » qui constitueront les nouveaux pauvres. Ce sera donc la victoire du marché sur la démocratie et la création d’un marché sans État.

L’auteur s’interroge enfin sur l’avenir de la France.
Son constat est sévère : notre pays France va mal car son économie est incertaine, sa cohésion sociale menacée, ses finances en danger et son influence internationale affaiblie. Nous n’avons pas de classe créatrice, nous travaillons moins que les autres et notre taux d’emploi est plus faible. Notre société est inégalitaire.
Une réforme en profondeur est donc indispensable et devra s’axer sur six grands volets : promouvoir les technologies de l’avenir, créer une société équitable, renforcer l’efficacité du marché, créer et retenir une classe créative, renforcer la souveraineté et l’influence et faire naître « l’hyperdémocratie ».

Pascal Joly

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