La transition écologique s’impose comme un enjeu majeur pour la fonction publique, et elle ne pourra se concrétiser qu’avec l’engagement de l’ensemble des agents. Cette ambition soulève une question centrale : quelles compétences pour demain ? Quels métiers émergent dans ce nouveau paysage administratif ? Et surtout, comment les concours doivent-ils évoluer pour préparer les cadres capables de porter cette transformation ?
Une transition devenue impérative : la fonction publique en première ligne
La transition écologique n’est plus une option, mais une exigence politique, sociale et économique. La COP30, organisée à Belém au Brésil en novembre 2025, a rappelé que la réussite de la transition écologique dépend aussi de la capacité des administrations publiques (État ; collectivités : régions, départements, communes ; hôpitaux) à transformer leurs pratiques : planification, achats, gestion des ressources, pilotage des politiques locales… autant de leviers qui placent les trois versants de la fonction publique au cœur de l’action climatique.
Depuis 2025, l’État a généralisé la formation à la transition écologique à l’ensemble des 2,5?millions d’agents publics. Ce tournant marque une volonté forte : faire de chaque agent un acteur de la transition, quel que soit son métier ou son niveau hiérarchique.
La transition écologique devient ainsi une compétence transversale, destinée à irriguer toutes les missions publiques. Elle ne se limite plus à un cadre stratégique ou réglementaire : elle transforme désormais le cœur même des métiers de l’État. Les administrations centrales doivent repenser leurs pratiques, leurs outils et leurs modes de décision pour intégrer l’impact environnemental dans toutes les politiques publiques.
Cette évolution entraîne à la fois une transformation des métiers existants et l’apparition de fonctions nouvelles, plus spécialisées. Dans les services de l’État, plusieurs profils connaissent une montée en puissance : des chargés de mission transition écologique, capables de piloter des projets transversaux et d’accompagner les services dans la mise en conformité environnementale ; des experts en performance énergétique ou en bilan carbone, mobilisés pour réduire l’empreinte des bâtiments et des activités administratives ; des responsables achats durables, chargés d’intégrer des critères environnementaux dans les marchés publics ; des analystes des risques climatiques, intervenant dans la prévention, la gestion de crise ou l’adaptation des territoires.
Ces métiers témoignent d’une évolution profonde : l’écologie devient une compétence opérationnelle, située au croisement du technique, du juridique et du stratégique. Elle n’est plus l’affaire de quelques spécialistes, mais un levier structurant pour l’ensemble des cadres publics.
Et les deux autres versants (territoriale et hospitalière) ? Ils sont tout autant engagés dans cette dynamique, chacun avec ses spécificités, ses urgences et ses besoins en compétences.
La fonction publique territoriale : l’écologie au plus près des citoyens
Les collectivités territoriales, pour commencer, sont les premières concernées par les effets du changement climatique : gestion de l’eau, urbanisme durable, mobilité, biodiversité, énergie, prévention des risques… Elles portent les politiques publiques les plus concrètes pour les habitants.
La transition écologique transforme l’ensemble des métiers de la Territoriale, qu’ils soient techniques, administratifs, sociaux, culturels ou managériaux. Aucun domaine n’est épargné : gestion des bâtiments, mobilités, restauration collective, aménagement, achats, numérique, action sociale… Tous doivent intégrer de nouvelles pratiques plus sobres, plus résilientes et plus responsables (cf. « Changement climatique : quels impacts sur les métiers territoriaux, le management et les organisations ? », Observatoire MNT, novembre 2025).
Dans ce contexte, le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), acteur incontournable de la formation et de l’accompagnement des agents territoriaux, joue un rôle déterminant. L’établissement a renforcé depuis 2024 son offre de formation dédiée au développement durable et intègre désormais systématiquement les enjeux écologiques dans les parcours métiers.
Une dynamique qui permet aux agents d’acquérir des compétences nouvelles liées à l’énergie, à l’adaptation climatique, à l’économie circulaire ou à la biodiversité ; d’actualiser leurs pratiques professionnelles pour répondre aux nouvelles obligations réglementaires et aux attentes des citoyens ; de réinventer leur métier, en adoptant des méthodes plus transversales, collaboratives et orientées vers la transition.
Dans la FPT, les compétences attendues se structurent autour de trois dimensions :
- techniques : performance énergétique des bâtiments, renaturation, économie circulaire, adaptation climatique ;
- transversales : conduite de projet, concertation citoyenne, évaluation environnementale.
- stratégiques : planification écologique locale, pilotage du « plan climat-air-énergie territorial » (PCAET), achats publics responsables.
Les métiers émergents y sont particulièrement visibles : économes de flux, chargés de mission transition écologique, responsables mobilité durable, animateurs biodiversité…
La fonction publique hospitalière : une transition écologique spécifique et urgente
Quant au secteur hospitalier en second, ce dernier est confronté à une double exigence : réduire son empreinte environnementale tout en garantissant la qualité des soins (cf. rapport de l’IGAS, « Transition énergétique des établissements sanitaires et médico-sociaux et impact du Ségur de l’investissement sur ces enjeux », avril 2024). Déchets de soins, performance énergétique des bâtiments, achats complexes, impact sanitaire du changement climatique… la transition écologique y prend une dimension très opérationnelle.
Depuis 2025, l’EHESP (École des hautes études en santé publique) propose un diplôme d’établissement « Transition écologique en santé : agir et former », destiné à accompagner les établissements dans la mise en œuvre de la feuille de route écologique du système de santé, et qui permet aux équipes de la FPH de développer des compétences en pilotage de projets de transition écologique, éco-conception des organisations et des pratiques, conduite du changement, ainsi qu’en formation et animation en interne des équipes.
De nouveaux profils apparaissent : référents développement durable, ingénieurs énergie?environnement, responsables achats durables hospitaliers, coordinateurs “santé environnementale”.
Si les contextes diffèrent, la dynamique est désormais commune : L’État impulse et structure ; la Territoriale met en œuvre et adapte aux réalités locales ; l’hospitalière transforme ses pratiques au cœur d’un secteur essentiel et énergivore.
Partout, les compétences attendues convergent : culture écologique, pilotage de projet, innovation, coopération, compréhension des impacts environnementaux des politiques publiques.
Mais chaque versant fait émerger ses propres besoins, et cette dynamique recompose peu à peu le paysage des concours, avec une évolution sensible des attentes des jurys qui oblige désormais les candidats à intégrer pleinement ces nouveaux enjeux.
Les concours de la fonction publique évoluent pour intégrer ces enjeux
Attentes renforcées dans les concours de l’État
A l’État, les candidats aux concours doivent être capables de comprendre les enjeux climatiques, de raisonner en termes d’impact environnemental et d’intégrer la transition écologique dans l’analyse de politiques publiques, les études de cas ou les mises en situation.
Le ministère de la Transition écologique se veut exemplaire. Il a dans ce cadre, engagé une adaptation progressive de ses concours pour mieux refléter les réalités du terrain. Les épreuves sont désormais davantage contextualisées :
- cas pratiques portant sur la gestion de l’eau, la sobriété énergétique ou l’adaptation climatique ;
- mises en situation autour de projets territoriaux intégrant la biodiversité ou la mobilité durable ;
- analyses de documents relatifs aux réglementations environnementales ou aux stratégies nationales.
Une évolution qui ne concerne pas seulement les concours spécialisés du ministère : elle s’étend à l’ensemble des concours généralistes de l’État, où la transition écologique devient une compétence transversale incontournable.
Les jurys recherchent des profils capables de mobiliser trois grands types de compétences :
- culture écologique — comprendre les enjeux climatiques, énergétiques, de biodiversité, les politiques publiques associées et leurs leviers d’action ;
- compétences comportementales — coopération, agilité, sens de l’intérêt général, capacité à travailler en mode projet et à conduire le changement ;
- capacité à innover — savoir mobiliser des outils numériques, analyser des données environnementales, dialoguer avec les citoyens et proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain.
Cette montée en exigence traduit une conviction désormais partagée : la transition écologique n’est plus un domaine d’expertise isolé, mais un « socle commun » pour tous les futurs agents de l’État.
Une évolution déjà visible dans les concours territoriaux
Pour les candidats aux concours territoriaux, cette transformation se manifeste très concrètement. Ils doivent désormais s’attendre à voir apparaître, dans les épreuves écrites comme orales, des problématiques environnementales plus présentes, des mises en situation ancrées dans la transition écologique et des attentes comportementales renforcées en matière de responsabilité, de coopération et de conduite du changement.
Les concours territoriaux intègrent d’ailleurs, déjà ces évolutions. Lors d’une session récente de l’examen principal d’attaché principal (cf. session 2023 - épreuve de note avec solutions opérationnelles), un sujet portait sur la mise en œuvre d’un « budget vert » dans une collectivité. Cette thématique, encore émergente il y a quelques années, est désormais considérée comme un outil stratégique permettant d’évaluer l’impact environnemental des politiques publiques locales.
Ce type de sujet illustre parfaitement ce que les candidats doivent anticiper : une maîtrise minimale des outils de pilotage écologique (budget vert, PCAET, bilan carbone, achats durables) ; une capacité à analyser les choix budgétaires sous l’angle environnemental ; une compréhension des arbitrages politiques et techniques liés à la transition ; une aptitude à proposer des leviers d’action réalistes pour une collectivité.
Une intégration progressive mais réelle dans les concours hospitaliers
Les concours hospitaliers quant à eux, intègrent progressivement les enjeux de transition écologique, en particulier dans les cas pratiques et les épreuves managériales, où les candidats doivent démontrer leur capacité à piloter des actions concrètes au sein d’établissements de santé. Cette évolution reflète les priorités du secteur : réduire l’empreinte environnementale, améliorer la qualité de vie au travail et garantir la continuité des soins dans un contexte de changement climatique.
Dans ces épreuves, les jurys cherchent à mesurer : la capacité des candidats à analyser une situation complexe dans un environnement très contraint ; la compréhension des impacts environnementaux propres au secteur hospitalier ; l’aptitude à proposer des actions réalistes, compatibles avec les impératifs de sécurité et de continuité des soins ; la posture managériale : conduite du changement, mobilisation des équipes, pédagogie, coopération.
La fonction publique ne peut plus se contenter d’accompagner la transition écologique : elle doit désormais l’incarner. Cela implique une refonte profonde des référentiels de compétences, une évolution des concours et une reconnaissance accrue des métiers émergents qui structurent cette transformation. Former, recruter, professionnaliser et valoriser deviennent des leviers essentiels pour préparer les futurs cadres à piloter des politiques publiques compatibles avec les défis climatiques, sociaux et démocratiques du XXI? siècle.
La transition écologique n’est plus un champ spécialisé : elle devient un marqueur commun à tous les versants, un critère d’évaluation dans les concours, un fil conducteur dans les pratiques professionnelles et un horizon stratégique pour l’action publique. En assumant pleinement ce rôle, l’administration peut se positionner comme un acteur exemplaire, capable de transformer ses organisations, d’accompagner les territoires et de répondre aux attentes des citoyens.
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