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Passer les concours avec une expérience associative

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Ancien salarié, responsable, même bénévole, au sein d’une association et envie de changer d’orientation…? Pourquoi ne pas tenter d’entrer dans la fonction publique par la voie du « troisième concours » ? Voici toutes les étapes pour passer les épreuves et réussir à devenir fonctionnaire !
 

Un « troisième » concours, un dispositif assez mal connu

Les 3e concours réservent au recrutement de professionnels « issus de la société civile » jusqu’à 10 % des postes de certains concours, sans condition de diplôme, ni limite d’âge.

En France, l'administration publique emploie 5,4 millions de personnes dont 2,4 millions dans la fonction publique de l'État ( FPE / ministères, préfectures, établissements scolaires), 1,6 million dans la fonction publique territoriale ( FPT / collectivités territoriales : régions, départements, les communes et leurs établissements : CCAS, établissements publics intercommunaux...) et environ 1,1 million dans la fonction publique hospitalière (FPH / hôpitaux). La plupart de ces personnes ont le statut de fonctionnaire (agents titulaires), les autres agents étant des « non titulaires » (également appelés contractuels). Cet ensemble représente un grand nombre de métiers connus : enseignants, infirmiers, gardiens de la paix, animateurs,... ou moins connus : assistants techniques de la caisse des dépôts et consignations, contrôleurs de gestion, techniciens du patrimoine…

Les métiers de la fonction publique sont regroupés au sein des « corps ou cadres d'emplois » prévus par le Statut général (sorte de Code du travail pour les fonctionnaires). Les corps ou cadres d'emplois regroupent des fonctionnaires soumis à un même ensemble de règles appelées : statuts particuliers. Ces derniers fixent les conditions de recrutement, de rémunération, de déroulement de carrière, etc. Ces corps et cadres d'emplois sont classés en 3 catégories hiérarchiques désignées en ordre décroissant par les lettres A, B, C, et fonction du niveau de qualification et d'emploi. La catégorie A correspond à des fonctions de direction, d’encadrement et de conception et aux emplois de l’enseignement – de niveau BAC+3 – en général - ou plus (ex. le Doctorat est le niveau requis pour les postes de médecins, maîtres de conférences, etc.). La catégorie B correspond à des fonctions d'application, de rédaction requérant une technicité particulière. Accessible à partir du BAC, les agents de cette catégorie peuvent aussi encadrer des équipes, des ateliers, des services (encadrement intermédiaire). Enfin, la catégorie C correspond aux fonctions d’exécution. Elle est accessible sans condition de diplôme, exceptée pour certains métiers, nécessitant des qualifications (titulaires d’un diplôme de niveau V ou VI : BEP, CAP (certificat d’aptitude professionnelle) ou encore (ex-Brevet des collèges ou BEPC).

Pour les emplois de 1er niveau de qualification, il existe une procédure de recrutement direct sans concours. Mais ces métiers sont en principe accessibles par concours, qui garantissent l'égalité des chances. Ils sont ouverts soit sur présentation de diplôme (concours externes) soit aux personnes déjà fonctionnaires (concours internes) et de plus en plus, depuis les années 90, aux personnes qui justifient d'une expérience professionnelle en dehors de l'administration publique : soit en tant que salarié de droit privé, travailleur indépendant, membre d'une assemblée élue d'une collectivité territoriale ou de responsable, y compris bénévole, d'une association, par le biais du « troisième concours ».

Ces concours visent les fonctionnaires de catégorie B et C qui s’inscrivent dans une démarche de mobilité ascendante. La 3e voie est très clairement destinée aux administrations, aussi bien dans la fonction publique d’Etat que territoriale. Elle vise surtout des emplois d’encadrement mais aussi les personnes souhaitant se reconvertir. En ouvrant ainsi les concours à des postes variés mais aussi à ceux permettant d’intégrer les grandes écoles de la fonction publique (Instituts régionaux d’administration – IRA ; Ecole nationale d’administration – ENA ; Ecole nationale de la magistrature – ENM) aux acteurs associatifs, l’administration souhaite se donner les moyens de faire face au défi démographique des prochaines années et de pouvoir remplacer les départs à la retraite, d’attirer des personnes du secteur privé expérimentées, sans condition de diplôme, et ainsi d’améliorer la « diversité » des profils de ses agents. Une valeur, selon Maryse Le Branchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, « essentielle dans la fonction publique : pour son exemplarité, sa représentativité et la qualité de l’action publique » (cf. discours du 23 avril 2015 à l’occasion des 25 ans du 3e concours de l’ENA). Pour le gouvernement, une action publique moderne et de qualité doit être conduite par une fonction publique aux compétences multiples et nombreuses, par « des fonctionnaires d’horizons différents qui possèdent des connaissances sur les attentes des entreprises et de la société ». Conscientes que la diversification des profils et des carrières dans la fonction publique est la clé de la réussite de la modernisation en cours, les administrations cherchent aujourd’hui à recruter des professionnels en privilégiant le professionnalisme et les valeurs républicaines, quel que soit le niveau de responsabilités attendu. Or, les associations sont bien des lieux qualifiants, parfois plus que les situations de travail plus classiques.

Si contrairement aux pronostics pessimistes, cette nouvelle voie de recrutement a atteint ses objectifs de sélection, l’impact en termes de diversification, et plus précisément, d’hybridation, reste toutefois limité. Le nombre de candidats au 3e concours est stable d’une année sur l’autre. Pourtant les chances de réussir sont réelles et parfois plus grandes que pour les concours externes plus courus. Comparativement au nombre d’inscrits, les candidats admissibles au 3e concours sont souvent proportionnellement plus nombreux que ceux des concours externes.

Les conditions pour s'inscrire au 3e concours : justifier d’une expérience associative

De même, les opportunités d’embauche en la matière sont sérieuses. Aujourd’hui, ce sont 5 à 10 % des postes de certains concours qui sont ainsi ouverts à tous… sans condition de diplôme, ni limite d’âge (sauf professions réglementées, comme par exemple, au sein de la gendarmerie nationale, ou encore de la magistrature). S’agissant des postulants anciens salariés ou responsables, même bénévoles, d’association, ils doivent justifier de leur activité professionnelle mais aussi, remplir les conditions générales d’accès à la fonction publique. A savoir : posséder la nationalité française ou être ressortissant d'un autre État membre de l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen, ou d'Andorre ou de Suisse ; ne pas avoir fait l’objet de condamnations incompatibles avec l’exercice des fonctions envisagées, mentionnées au bulletin n°2 du casier judiciaire ; jouir de ses droits civiques (droit de vote, d’élection, d’éligibilité) ; être en règle avec la législation sur le service national en France (notamment avoir participé à la journée de défense et de citoyenneté) ou dans le pays où il est ressortissant ; et enfin, justifier des conditions d'aptitude physique exigées dans l’exercice de ses fonctions. Côté expérience professionnelle au sein d’une association, celle-ci doit être au minimum de trois ans (cinq voir plus même pour certains concours, comme l’ENA où 8 années d'activité sont exigées). Les années d’expérience s'apprécient à la date de publication des résultats d'admissibilité (c’est-à-dire, en général, au moment des épreuves orales).

Pour constituer le dossier de candidature, des pièces seront alors exigées. Les organisateurs des concours demandent par exemple, de fournir, en fonction de l’expérience, pour les salariés d’association : une attestation professionnelle ; pour les responsables, même bénévoles : une attestation sur l’honneur indiquant que le candidat a exercé (ou exerce encore) les fonctions de président, vice-président, trésorier, secrétaire de l’association, accompagnée des statuts et les déclarations faites à la préfecture du département ou à la sous préfecture de l'arrondissement où l'association a son siège social.

Au vu de ces pièces, le service instructeur étudiera la recevabilité des demandes, et validera ou non l’inscription au concours, avant d’en informer le candidat par courrier. Dans certains cas, la condition d’expérience correspond à un secteur d’activité précis, qui correspond en fait, au cadre d’emplois (ou « au corps »). Ainsi, pour postuler au 3e concours de rédacteur territorial (cadre administratif intermédiaire), le candidat devra justifier d’années d’expérience dans la gestion administrative, financière ou comptable de l’association. Les candidats peuvent également avoir contribué à l’élaboration et à la réalisation d’actions de communication, d’animation, de développement économique, social, culturel, sportif, de loisirs ou de tourisme. Autre exemple, la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (FPE) recrute, en 2016, des éducateurs et ouvre par la 3e voie, des postes aux personnes ayant exercé au moins pendant 5 ans, une activité dans le domaine éducatif, social, sportif ou culturel.

Pour vérifier les conditions à remplir, les sites Internet de chaque ministère, des différentes fonctions publiques et des organismes chargés d’organiser les concours par fonction publique sont des mines d’informations (www.fonction-publique.gouv.fr, centre national de la fonction publique territoriale : www.cnfpt.fr, centres de gestion de la fonction publique territoriale : www.fncdg.com ou les sites des centres de gestion départementaux ou interdépartementaux (par exemple, www.cdg31.fr pour la Haute-Garonne ou www.cdg72.fr pour la Sarthe), centre national de gestion de la fonction publique hospitalière : www.cng.sante.fr).

Trouver le concours et se préparer aux épreuves

L’administration cherche à recruter, notamment, des anciens dirigeants d’association réputés pour leur gestion rigoureuse des ressources humaines et matérielles.

Après avoir exercé plusieurs années en association, passer un concours via la 3e voie, n’est pas simple. Pour beaucoup, il s’agira de changer de métier, de région, voire pour certains, d’accepter une perte significative de revenus, ou de se reconvertir professionnellement afin de retrouver un emploi après une période de chômage ou un licenciement. En fonction de sa formation, de son parcours, du domaine où l’ancien bénévole ou salarié associatif se sent à l’aise, une fois l’envie de changement affirmée, restera alors à choisir le type de métier qui convient. Pour ne pas se perdre dans tous les concours et le vocabulaire, consulter les sites Internet de chaque ministère, du CNFPT, des CDG, du CNG, mais aussi des sites dédiés à la fonction publique (ex. carrieres-publiques.com) permettra au postulant d’arrêter son choix, d’accéder à la liste des métiers ouverts au 3e concours, et de vérifier les modalités d’inscription (lieu d’organisation, période…). Libre aux candidats de se présenter à autant de concours qu’ils souhaitent...ou du moins qu’ils peuvent.

Ensuite, à chaque concours - selon la filière : administrative, technique, culturelle, enseignement, patrimoine, médicosociale, police, sportive,… et la catégorie : A, B ou C - son type d’épreuves. Comme les autres concours, ceux de la 3e voie comportent une (des) épreuve(s) d’admissibilité et/ou une (des) épreuve(s) d’admission. Et seuls les candidats déclarés admissibles par le jury peuvent être autorisés à se présenter aux épreuves d’admission. Même si les épreuves sont ici distinctes, souvent allégées, par rapport aux autres concours, se présenter à un concours de la fonction publique ne s’improvise pas.

Comme dans le privé, réussir un concours dans la fonction publique peut devenir un travail quasiment à temps plein, et rater une date de retrait de dossier peut coûter cher, puisqu’il faudra ensuite attendre au moins l'année suivante pour concourir (et même plus, certains concours n’étant pas organisés tous les ans). En général, un concours de catégorie A demandera 12 à 18 mois de préparation, une bonne année scolaire sera nécessaire pour les concours de catégorie B et pas moins de deux à trois mois de travail seront utiles, pour réviser et se familiariser avec les types d’épreuves proposées dans les concours de catégorie C.

Pour mettre toutes ses chances de son côté, deux formules : soit se préparer seul grâce aux annales et aux manuels de préparation, soit solliciter le soutien d'un organisme de préparation avec des entraînements à la maison ou une formation / un stage « présentiel(le) ». Certaines universités ou écoles privées proposent des cours du soir. Dans ce dernier cas, les cours sont dispensés par des enseignants et des professionnels aux candidats qui sont regroupés en classe. Les candidats aux concours de la fonction publique d’État ont la possibilité de s’inscrire dans un Institut de préparation à l’administration générale (Ipag) ou un Centre de préparation à l’administration générale (CPAG), rattachés aux universités. A chacun de choisir la méthodologie qui lui convient le mieux en fonction du ou des concours préparé(s), des types de formations proposées à proximité, des moyens financiers ou encore de sa situation personnelle (salarié ou chômeur ou en congé de formation).

Post concours : rejoindre une formation… ou rechercher un emploi…

Et une fois le concours réussi ? Si un candidat peut se présenter à tout concours de la 3e voie d’accès au cadre ou corps d’emplois dont il relève et ce, quel que soit le ressort géographique de l’autorité organisatrice, il doit opter pour l’inscription sur une seule liste d’aptitude s’il réussit plusieurs d’entre eux. En effet, tout candidat déclaré apte ne peut être inscrit que sur une seule liste d’aptitude d’un concours d’un même cadre d’emplois. Dans la plupart des cas, pour la fonction publique d’Etat et hospitalière, le lauréat à la 3e voie de la fonction publique d’État rejoint les candidats reçus au concours externe et au concours interne. Il est nommé stagiaire pour une période de 12 à 18 mois rémunérée, rythmée d'apports théoriques (dans une école ou un centre de formation à Strasbourg, Lille ou Nantes…) et de formation pratique (sur le terrain). A l'issue de la période probatoire, sa réussite entraîne une affectation de fait en fonction de son rang de classement. L’agent est « titularisé ». Pour un concours de la Fonction publique territoriale, il n’en va pas de même : la réussite à un concours ne vaut pas recrutement (sauf pour la ville de Paris qui offre un poste par candidat). Le lauréat est inscrit sur une liste d'aptitude établie à l’échelon national. Il doit trouver lui-même son affectation en répondant – comme dans le privé, CV et lettre de motivation à l'appui - aux offres d’emploi correspondantes à son cadre d’emploi auprès des collectivités territoriales. Pour faciliter les recherches, chaque CIG et CDG met en ligne une « bourse à l’emploi » recensant les offres des régions, des départements, des communes et de leurs établissements. Mais pas d’inquiétude inutile, les candidats qui ne trouvent pas de poste après avoir été reçus au concours (les « reçus-collés »), ne sont pas si nombreux. Une fois l'emploi obtenu, les lauréats deviennent stagiaires et suivent une formation alternant périodes de stages et phases de travail sur le poste.

…Et faire carrière !

Emprunter la porte étroite du « 3e concours » en venant d’une association, c’est réaliser un grand saut professionnel et offrir à sa carrière un nouvel élan.

A sa nomination en tant que stagiaire, côté salaire, l'ancien responsable ou salarié associatif verra sa carrière démarrer au premier échelon de la grille indiciaire. Un niveau de rémunération qui peut toutefois être revu à la hausse au vu de son expérience passée. En effet, les textes des corps et cadres et d’emploi prévoient que pour les lauréats du 3e concours qui ne peuvent prétendre à une reprise des services accomplis en qualité de salarié dans le secteur associatif, peuvent bénéficier d’une bonification d’ancienneté (ex. de 2 ans, lorsqu’ils justifient d’une durée d’activité professionnelle ou d’une qualité de responsable d’association inférieure à 9 ans, ou de 3 ans, lorsque la durée de ces activités est égale ou supérieure à 9 ans).

Une fois devenu fonctionnaire, après quelques années d'ancienneté, il pourra évoluer : c'est-à-dire changer de corps ou cadres d’emplois au sein même de la fonction publique d'origine, ou changer de fonction publique en passant un concours interne ou externe, ou encore un examen professionnel. Si auparavant, le défaut de savoirs « académiques » était, dans les faits, un obstacle pour obtenir de la promotion, avec la Loi de modernisation de l’administration du 2 février 2007 (qui pose les principes d’une plus grande professionnalisation des agents), deux outils sont venus offrir aux agents de quoi booster leur carrière : l'épreuve de RAEP (Reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle) et la reconnaissance de l’expérience professionnelle (REP). Basée sur un dossier construit par le candidat, qu'il devra ensuite défendre à l'oral, l'épreuve vise à reconnaître les compétences acquises (par la formation ou la vie professionnelle) comme équivalentes. Le second outil permet quant à lui, de substituer une expérience au diplôme requis pour les concours de catégorie supérieure.

En conclusion, par les connaissances et surtout, les capacités acquises (innovation, créativité, travail en équipe, animation des équipes sans hiérarchie, maitrise de l’efficience…), avoir travaillé au sein d’association offre de véritables opportunités d’entrée dans la fonction publique. Bien sûr, une préparation complémentaire sera souvent nécessaire pour maîtriser les différentes épreuves écrites et orales et seuls les plus motivés seront reçus. Mais une fois intégrés, rares sont ceux qui regrettent leur choix. Au contraire, la majorité des lauréats des 3e concours se félicite d’avoir changé de voie (cf. témoignages d’anciens élèves de l’ENA à l’occasion du 25e anniversaire du 3e concours, avril 2015 ; « Du privé au public : comment bien négocier le virage », Laurence Denès, gazette des communes, 07 septembre 2015).
 

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