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Quand la Fonction publique cherche à recruter... Les métiers en tension dans la fonction publique

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2014 : la Fonction publique (ou plutôt les trois fonctions publiques : Etat, territoriale, hospitalière) remplacera partiellement les départs à la retraite et, quelques
employeurs publics vont même créer de nouveaux postes dans des domaines comme l'enseignement, la justice, le juridique, les marchés publics ou encore les
achats. Des opportunités importantes sont donc à saisir d'autant que dans certains secteurs, ils peinent à trouver des candidats. En tête de ces métiers dits « en
tension » : la santé, le social, l'éducation et la jeunesse, et les services techniques.

Emploi et recrutement dans la FP : de plus en plus de contraintes pour les DRH

Au 1er janvier 2014, la fonction publique est le plus important employeur et recruteur de France. 5,5 millions d’agents y travaillent et plus de 80 000 personnes ont été recrutées en 2013. Une tendance qui devrait se confirmer. En effet, si les effectifs ne devraient pas augmenter (une contraction est même à prévoir en 2015) - contexte de fortes contraintes budgétaires oblige, cette année encore, selon une enquête menée
par « la Gazette des communes »[1], des postes sont à pouvoir... apportant un souffle sur le marché du travail.
 
Rien que dans la Territoriale, la moitié des collectivités interrogées comptent « remplacer tous les départs à la retraite en 2013, 70 % disent vouloir en remplacer au moins la moitié et seulement 5 % prévoient de n’en remplacer aucun » et quelques-uns vont créer des postes dans les domaines du juridique, des marchés publics et des achats. En 2013, quasiment toutes les collectivités territoriales ont intégré dans leur plan de recrutement des emplois d’avenir[2], destinés aux jeunes sans qualification ou jeunes diplômés habitant des quartiers sensibles[3].
 
Des emplois sont également à saisir dans la fonction publique d’État, notamment dans l’enseignement et la justice. Concrètement, l’objectif des 60 000 embauches de professeurs d’ici 2017 se poursuivra cette année encore. Après avoir recruté 9 500 emplois d’avenir professeur (EAP) en 2013[4], une nouvelle vague d’embauches de 6000 EAP est prévue cette année.
Au total, ils seront 18 000 d’ici fin 2014. Selon le projet de loi de finances 2014[5], 9 984 postes d’enseignants seront créés principalement dans le primaire, 180 pour l’enseignement agricole (dont 30 relevant des établissements d’enseignement technique agricole) et 1 000 emplois seront à pouvoir dans les universités pour encadrer et accompagner les étudiants. 
Par ailleurs, l’armée a fait savoir qu’elle avait besoin de recruter 15 000 personnes en 2014 tant dans l’armée de Terre (10 000 postes), la Marine (3 000) que dans l’armée de l’Air (2 000). Tous les profils sont intéressants : du « sans diplôme » au Bac+5 ; du cuisinier au pilote. Dans la police et la gendarmerie, les candidats sont les bienvenus avec 405 créations de postes en 2014. Dans le secteur de la justice, ce
n’est pas moins de 590 recrutements qui sont prévus (dont 300 postes de conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation).
 
Enfin, la fonction publique hospitalière continuera elle aussi à recruter ambulanciers, kinésithérapeutes, orthoptistes, psychomotriciens, et si elle le peut... médecins, infirmiers[6] ou encore aides-soignants, ce secteur et ces métiers étant, comme d’autres dans la fonction publique, « en tension » constante faute de candidats et du fait des nouveaux besoins qui émergent.
 

Des employeurs en recherche de candidats qualifiés... devant faire face aux nouveaux besoins

Les métiers en tension dans la fonction publique se situent dans le secteur du social, de la santé principalement (infirmier, aide soignant...), dans ceux de l’éducation et la jeunesse et aussi dans les services techniques.
 
Les métiers « en tension » sont ceux pour lesquels les employeurs publics ont du mal à trouver des candidats qualifiés. Ce ne sont pas forcément (même si cela en fait partie) ceux qui représentent les plus gros volumes de recrutements mais leur pénurie peut empêcher le bon fonctionnement des services ou demander un temps trop long de recrutement (de l’ordre de plusieurs mois). Des difficultés auxquelles sont également confrontées les DRH du secteur privé, soit parce-que certaines compétences connaissent une tension entre une forte demande brutale liée au
développement d’un ou de plusieurs secteurs d’activités et une pénurie temporaire de ressources disponibles ; soit parce-que certains métiers sont soumis à un fort « turn-over » ou rencontrent des difficultés à attirer et fidéliser les salariés (métiers de soins et d’aide aux personnes fragiles, professions du bâtiment...[7]). En 2014, pour ce concerne le secteur public, les grands secteurs particulièrement touchés sont : la
santé, le social et médico-social, l’éducation et la jeunesse, et les services techniques.
 
Dans ce dernier secteur, filière prépondérante dans la Territoriale (près d’un poste sur 2)[8], on retrouve les « métiers » de la voirie, du bâtiment, des réseaux, de l’eau...La pénurie s’explique par les nombreux départs à la retraite depuis 2013 et pour les années à venir. Ils nécessiteront donc le plus d’embauches. Mais la tension s’explique aussi par une demande de profils de la part des petites collectivités qui ont
parfois des difficultés à recruter, se trouvant en face de candidats manifestement en décalage entre les profils de techniciens et d’experts recherchés et les candidatures proposées.
 
Autre secteur en tension pour faute (entres autres) de personnel qualifié : l’éducation, l’animation et la jeunesse (animateurs de centres de loisirs, agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, etc.). La réforme des rythmes scolaires impose aux services territoriaux une réorganisation et le recrutement important d’animateurs pour accueillir les enfants de la maternelle et de l’école primaire sur des temps périscolaires prolongés. A titre d’exemple, une ville de près de 10 000 enfants a besoin de 250 animateurs formés supplémentaires pour assurer les nouveaux temps périscolaires. Or, aujourd’hui, le territoire national fait face à une pénurie de personnel formé et doté du BAFA ou BAFD....
Et sans formation, pas de subvention de la Caisse d’allocations familiales. Un problème encore plus épineux dans les territoires ruraux, plus souvent désertés par les étudiants et aux contraintes budgétaires fortes.
 
Autre raison : le vieillissement de la population, la tertiarisation de l’économie qui engendrent des besoins croissants en matière de services à la personne, de soins et d’accompagnement de la dépendance. De même, le phénomène de travailleurs pauvres, la précarité galopante et l’actualité juridique (protection de l’enfance, revenu de solidarité active, luttes contre l’exclusion, politiques de cohésion sociale, etc.)
obligent les administrations à répondre par une offre en travailleurs sociaux suffisante, sans oublier l’évolution démographique et la demande croissante en matière d’accueil des familles et de la petite enfance (crèches...) qui imposent la création de postes qualifiés dans le secteur de la puériculture[9] et de la jeunesse.
Au total : des métiers en proximité directe avec la population que les recruteurs ne veulent, et ne peuvent, pas remettre en question.
Des secteurs « tendus » par manque de valorisation et d’attractivité
 
Ces métiers sont aussi porteurs de nouvelles qualifications, en lien avec les nouvelles technologies ou le développement durable, ils évoluent et sont appelés à se diversifier dans les années à venir.
 
Mais cette difficulté à recruter s’explique par une autre réalité : ces postes manquent avant tout, d’attrait et de valorisation… Côté éducation et jeunesse, le statut y est encore très « précaire », le « turn-over » assez fort, tout comme l’absentéisme et la proportion de non titulaires[10]. Par ailleurs, ces postes en terme de rémunération ou d’évolution de carrière ne sont pas aussi bien valorisés que dans le tissu associatif.
Une réalité partagée tant par la filière technique que le secteur médical, paramédical et social. Dans le premier, le grade[11] de technicien subit la concurrence du privé.
Le secteur du BTP[12] attire davantage les ouvriers qualifiés, mieux rémunérés.
L’évolution de la carrière des techniciens est également peu alléchante.
À peine en poste dans la fonction publique territoriale, nombre de jeunes techniciens tentent le concours d’ingénieur qui offre des rémunérations bien supérieures (mini 1 615,97 € bruts au 1er janvier 2014 + des primes qui peuvent atteindre 40 % du traitement de base pour un ingénieur en début de carrière contre 1 514,11 € pour un technicien territorial). Pour le second, les DRH de l’Hospitalière déplorent peiner à recruter
infirmiers (spécialisés ou non) manipulateurs radio et kinésithérapeutes, notamment parce que ces métiers sont associés à une certaine pénibilité. De même, les recruteurs territoriaux se plaignent des freins administratifs et serrages budgétaires auxquels ils doivent faire face (ex. les CCAS[13] doivent chercher les solutions financières optimales pour répondre à la baisse du subventionnement des services de soins infirmiers à domicile, à celle des aides de la CAF au personnel des crèches, etc..) mais aussi – ironie de la situation - de la concurrence de la fonction publique hospitalière, plus attractive (tout de même), notamment pour les infirmiers mais également les aides-soignants[14].
 

Des mesures palliatives à la rescousse des employeurs

Une situation qui impose aux recruteurs une remise en cause de leurs pratiques de GRH : promotion de la formation interne, amélioration des conditions de travail...
 
Pour répondre à ces tensions nées les unes des difficultés de recrutement, les autres de forts besoins de professionnalisation, les employeurs publics s’organisent et cherchent des solutions à court et moyen terme.
 
Ainsi, face à la pénurie de médecins territoriaux, certains conseils généraux mutualisent des postes ou réorganisent leurs missions, pour mener différemment les instructions des dossiers d’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et la protection maternelle et infantile (PMI) par exemple.
D’autres collectivités se saisissent des derniers dispositifs législatifs comme d’une bouffée d’oxygène, en accélérant par exemple, le calendrier de procédure de sélections professionnelles prévues dans le cadre de la loi du 12 mars 2012 visant à la résorption de l’emploi
précaire[15] ; ou en prévoyant, dès que cela sera possible, de remplacer un départ à la retraite par un emploi d’avenir, à l’exemple de la ville d’Agen[16] qui entend former les jeunes recrues et les encourager à passer les concours pour être titularisés.
But recherché : créer dans les deux années à venir, 20 emplois dans les secteurs de la voirie, de l’éducation et de l’aide à domicile[17].
 
Dans le secteur de la petite enfance, où les besoins en multi accueils ou crèches ne cessent de croître, le CNFPT, en partenariat avec le conseil régional d’Ile-de-France, a créé, en 2008, un centre de formation d’apprentis (CFA) pour le métier d’auxiliaire de puériculture. Il développe également au regard de la loi du 19 février 2007[18], des accompagnements à la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour l’obtention
de diplômes d’État tels que éducateur de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture ou le CAP petite enfance.
L’objectif : fidéliser le personnel dans ces métiers peu attractifs, offrir des perspectives d’évolution des carrières et développer la qualification des personnels.
 
Les CHU ont, pour leur part, décidé de faire du métier d’aide-soignant, un « métier d’appel » pour promouvoir l’hôpital. Pour cela, ils mettent l’accent sur le recrutement d’étudiants diplômés Bac +2 et les formations (possibles en interne et plus courtes que celles d’infirmiers) pour pourvoir à terme les besoins en infirmiers via la promotion interne.
 
Autre piste envisagée par les employeurs de la filière technique : réviser la nature des épreuves du concours de technicien et surtout relancer l’attractivité du grade par une revalorisation en début de carrière pour « attirer les jeunes diplômés et en fin de carrière pour maintenir une expertise reconnue et recherchée »[19]. Un voeu aujourd’hui, mais qui ne pourra, sûrement pas, rester pieu car ces secteurs sont appelés à se diversifier dans les années à venir.
Ces métiers en tension et/ou à fort renouvellement d’effectifs, sont aussi porteurs de nouvelles qualifications.
Ils évoluent en lien, par exemple, à la précarité énergétique, le développement durable... « Une aide à domicile doit être rompue aux outils technologiques de pointe, telle la télémédecine »[20]. Pour trouver preneurs et continuer à assurer un service public de qualité, il est donc plus que jamais nécessaire qu’employeurs et responsables publics concernés visent à favoriser une mobilité individuelle qualifiante, à faire évoluer les pratiques de gestion de leurs ressources humaines, les conditions de travail mais encore les perspectives d’évolution des carrières des agents... À suivre.
 
Sandrine BOTTEAU

Bon à savoir : Contrairement à la fonction publique d’État ou hospitalière, un candidat qui a réussi le concours dans la Territoriale n’a pas accès automatiquement à un emploi. Il doit luimême
proposer sa candidature à une collectivité (mairie, conseil général ou régional, CCAS...) soit en répondant à une annonce, soit en postulant directement auprès du recruteur public.

Pour aller plus loin :
1. Étude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, S. Cattiaux, avril 2013. Source :
2. Projet de loi de finances 2014 présenté au Conseil des ministres (25 septembre 2013)
3. Étude conjointe de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et du CAS, mars 2012, qui notamment, dresse la liste des secteurs qui créeront de l’emploi d’ici à 2020
des centres de gestion

 

1 Étude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, S. Cattiaux, avril 2013.
2 Selon le rapport « Les métiers en 2020 » de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques paru en mars 2012
3 L'objectif national est d'en intégrer 120 000 de plus d'ici fin 2014 dans les collectivités (hors Éducation nationale) et les associations dans des postes « d'utilité sociale » : aide à la personne,
environnement, animation, social, médico-social....
4 « Emplois d'avenir dans le secteur public, premier bilan... », Carrières publiques, n°1612 (Décembre 2013). Le dispositif « emploi d'avenir professeur » concerne les étudiants boursiers en 2ème année de licence ou en 1ère année de master qui se destinent aux métiers de l'enseignement
7 Rapport « Les métiers en 2020 » de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques paru, mars 2012
8 Étude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, avril 2013
9 Dans la fonction publique territoriale, les conseils généraux demandent beaucoup d'infirmiers dotés d'une spécialité en puériculture.
10 Après recrutement – en principe par concours – l’agent est placé en période stage et à l’issue de ce dernier il devient fonctionnaire et est « titularisé ». Celui qui n’est pas recruté par concours est appelé « non titulaire » (ex. contractuel).
11 Grade, échelon, indice majoré, indice brut? Les corps ou cadres d'emplois regroupent des fonctionnaires soumis à un même ensemble de règles : les statuts particuliers. Ces derniers fixent les conditions de recrutement, de rémunération, de déroulement de carrière, etc. Les corps et cadres d'emplois sont classés en 3 catégories hiérarchiques désignées en ordre décroissant par les lettres A (emplois de niveau BAC +3), B ( de niveau BAC), C ( de niveau brevet des collèges, BEP ou CAP ou
sans diplôme). Les corps ou cadres d'emplois comprennent un ou plusieurs grades selon leur statut particulier. Lorsqu'il y a plusieurs grades, ils sont hiérarchisés. Au cours de la carrière, il est possible d'accéder aux grades supérieurs par avancement de grade (sous conditions d'ancienneté notamment). Chaque grade comprend plusieurs échelons. L'ensemble des échelons constitue
l'échelle indiciaire du grade. À chaque échelon, correspond un indice brut (dit indice de carrière) auquel correspond à son tour un indice majoré (dit indice de rémunération) auquel correspond enfin
un traitement de base. En principe, l'accès au grade s’effectue sur le 1er échelon. Ensuite, au cours de la carrière, le fonctionnaire accède aux échelons plus élevés par avancement d'échelon.
12 Bâtiment travaux publics (BTP) : Le secteur regroupe toutes les activités de conception et de construction des bâtiments publics et privés, industriels ou non, et des infrastructures telles que les
routes ou les canalisations.
13 Un Centre communal ou intercommunal d'action sociale (CCAS ou CIAS) est un établissement communal ou intercommunal intervenant principalement dans 3 domaines : l'aide sociale, l'action
sociale, et l'animation des activités sociales
14 Selon Daniel Zielinski, délégué général de l’Unccas- Cf. Etude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, avril
2013
15 Cf Loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 relative à l’accès à l’emploi titulaire et à l’amélioration des conditions d’emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les
discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique publiée au Journal Officiel (JO) le 13 mars 2012. Grâce à cette loi, pour accéder au statut de fonctionnaire, deux
modalités sont prévues : la sélection professionnelle et le recrutement réservé. Le décret n° 2012- 1293 du 22 novembre 2012 précise le déroulement des sessions de sélection professionnelle.
16 650 agents, 34 000 habitants (Lot-et-Garonne)
17 Etude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, avril 2013
18 Loi n° 2007-209 du 19 février 2007 relative à la fonction publique territoriale publiée au JO du 21 février 2007
19 Propos de Fabien Le Port, président de l’ATTF - Cf. Étude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, avril
2013
20 Étude « Emploi dans les collectivités territoriales : des métiers en tension, une pénurie de candidats », la Gazette des communes, avril 2013

 

 

 

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